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Résilience organisationnelle et résilience structurelle, un seul objectif : la résilience nationale

Article de Christian Sommade, Délégué général du HCFDC, publié par SDMagazine le 14 décembre 2018

La France, comme certains autres pays, a défini la résilience nationale comme un objectif de sécurité nationale, mais en lui donnant une définition orientée vers la capacité à résister et à s’adapter aux chocs sociétaux qu’elle peut connaître.

Cette définition est la suivante :
« La résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société, et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’événements graves, puis à rétablir rapidement leur fonctionnement normal, à tout le moins dans des conditions socialement acceptables. »

Cette définition vise donc bien les chocs sévères que peut subir la société. Elle n’a pas encore pris en compte les problématiques des stress plus chroniques qu’une société peut connaître et qui peuvent, en quelques années ou décennies, changer la nature même des équilibres environnementaux, économiques ou sociaux.

Les impacts du changement climatique

Le changement climatique, en fonction des scénarios de température (de +1,5°C à +5°C), peut bouleverser du tout au tout la nature de la société dans laquelle nous vivrons. En effet, les impacts seront majeurs, tant à la fois sur la géographie de nos traits de côte que sur l’élévation des mers ou sur l’amplitude, et peut-être la fréquence, des événements climatiques extrêmes. Les conséquences seront nombreuses : feux de forêt dans des régions aujourd’hui épargnées, sécheresse chronique dans certains territoires, émergence ou réémergence de vecteurs et de maladies transmissibles, etc.

Mais le changement climatique n’est pas la seule menace qui nous guette dans les décennies à venir. Les mutations économiques profondes et la dépendance extrêmes pour toute activité économique et sociale aux réseaux d’infrastructures de toute nature (énergie, eau, télécommunications dont Internet…), les fractures sociales (le vivre-ensemble), les mouvements de populations consécutifs de migrations pour raisons climatique ou économique, peuvent créer des spasmes sociétaux lourds de conséquences en termes politiques, sociaux ou économiques, c’est-à-dire en termes de sécurité globale, et cela sans compter les bouleversements géopolitiques, car la paix n’est assurée que si on est suffisamment fort pour être dissuasif.

Vers une résilience structurelle

Notre société est donc fragile. Elle doit être capable non seulement d’absorber les chocs ponctuels (c’est ce qu’apporte la résilience organisationnelle qui comprend l’analyse des risques et des menaces, la prévention, la planification, la gestion de crise, la réponse opérationnelle, la continuité d’activité de service et l’adaptation ponctuelle) mais également de réduire le risque global, la vulnérabilité, par l’adaptation permanente. C’est ce que j’appellerai la résilience structurelle.

Le domaine de la résilience organisationnelle est encore fragmentaire dans la plupart des organisations, et même au niveau national. Un effort particulier et urgent est à mener à tous les niveaux d’organisation : Etat (même si beaucoup de choses existent il reste encore de larges marges de progrès), collectivités territoriales (où l’action est encore trop parcellaire), entreprises (où très peu de sociétés sont capables d’afficher une résilience organisationnelle adéquate).

Celui de la résilience structurelle est à ses balbutiements. Il est à noter que cette définition de ce que l’on pourrait nommer résilience structurelle n’est pas prise en compte dans celle de la résilience nationale aujourd’hui. Il y a là certainement matière à réflexion pour le prochain Livre blanc de la défense de la sécurité nationale.

L’initiative « 100 villes résilientes » qui a été prise il y a maintenant quelques années par la Fondation Rockefeller a joué un rôle intéressant d’incitation dans de nombreux collectivités et pays dont la France, où Paris s’est dotée du premier Haut Responsable de la Résilience en France en la personne de M. Sébastien Maire. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il travaille presque davantage sur la résilience structurelle que sur la résilience organisationnelle.

Une approche holistique

Mais c’est bien l’approche « holistique » de la résilience qu’il convient aujourd’hui de développer. Cette approche permet in fine une meilleure analyse des risques et des menaces en essayant de détecter les émergences à moyen et long termes, et de mettre en place une règle de base que l’on retrouve dans les organisations à haute fiabilité : « réponse forte à signaux faibles ». Et de développer, dès à présent, des contre-mesures sur des problématiques dont l’occurrence est forte ou hautement probable et pour lesquelles il faut agir tout autant sur les causes que sur les conséquences. Au final, la résilience structurelle agira sur les causes, et la résilience organisationnelle essaiera de diminuer les conséquences, notamment sur les chocs forts ou extrêmes.

La résilience structurelle va donc s’appliquer à de très nombreux domaines de l’activité humaine: l’environnement (enjeu essentiel), les infrastructures critiques, les réseaux physiques et virtuels, la santé humaine et animale, la capacité et la souveraineté économique, la dimension et l’acceptabilité sociale… L’objectif est proche du concept de développement durable, mais il s’en distingue dans le sens, où il caractérise les idées de vision intersectorielle, d’anticipation, de réduction de la vulnérabilité, qui doivent être intrinsèques aux choix présents. C’est donc bien une vision de long terme avec action immédiate qui est absente depuis de très nombreuses années et qui doit revenir au niveau des grands choix stratégiques publics et privés.

Cela impose une réflexion nouvelle dans les modes de gestion et d’organisation des grands acteurs publics et privés. La difficulté sera bien évidemment de ne pas céder aux « effets de mode » et de réintégrer une pensée très ouverte, collaborative, qui doit réfléchir aux enjeux, aux mutations, et se servir de cette « crise globale » où nos modèles traditionnels sont remis en cause, pour dégager de nouvelles opportunités qui permettront de passer l’étape du XXIe siècle sans conséquence majeure pour l’humanité. Il faut pour cela avoir une vision claire sur les échelles de temps et sur les différentes mutations que nous allons connaître. Penser et agir autrement, y compris dans les financements.

Le Haut comité français pour la défense civile travaille depuis plus de 35 ans sur ce concept de résilience organisationnelle. Les actions qu’il a menées ont visé à mieux préparer les organisations aux situations d’exception, quelles que soient leurs origines ou leurs natures. Il effectue cette mission en sensibilisant, en formant, en récompensant, et en exerçant les organisations, collectivités et entreprises, qui en sont membres. Il a simultanément été aidé et appuyé l’État sur les politiques publiques en matière de prévention, de gestion de crise ou de résilience.

Il faut maintenant passer à un stade supérieur et aider les organisations à mettre en oeuvre concomitamment ces 2 résiliences, organisationnelle et structurelle, pour arriver à un état de résilience globale, et ce dans un monde en mutation rapide et parfois violente.

C’est cette mutation qui doit également être faite pour le HCFDC, qui pourrait devenir très prochainement le Haut Comité Français pour la Résilience Nationale, qui aura pour objet d’axer son travail sous les 2 angles mais sans obérer la dimension essentielle de sécurité nationale qui a fait son ADN depuis toujours.

Il est fort probable que ces nouvelles approches vont générer dans de nombreuses activités de nouveaux métiers et de nouveaux marchés, qui généreront des opportunités importantes pour les acteurs économiques. La résilience globale n’est pas une charge, elle est un investissement indispensable pour l’avenir et une assurance pour le court et moyen terme.

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La résilience territoriale commence par l’échelle locale

En octobre dernier, la nouvelle équipe en charge du Pavillon Orange©  au Haut Comité Français pour la Défense Civile participait à la web-conférence organisée par l’association SOS Maires, au cours de laquelle plusieurs initiatives de résilience locale étaient présentées et débattues.

Une fois de plus, il a été rappelé que les maires sont les premiers responsables concernés par les risques qui se multiplient à l’échelle du territoire et que les outils mis en place par le HCFDC pour accompagner les communes sont toujours d’actualité. C’est notamment le cas de note site http://www.resilience-territoriale.fr/.

La résilience territoriale est d’ailleurs le sujet de notre prochain petit-déjeuner qui sera l’occasion pour M. Sébastien Maire de présenter en détail ses missions en tant que Haut Responsable de la Résilience de la Ville de Paris.

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Crue de la Seine, crue médiatique .. Mais qu’y a-t-il que nous ne voyons pas dans tous ces reportages ?

Deux jours entiers de BFM TV sur la crue de la Seine, les téléspectateurs sont inondés, c’est pour ceux qui travaillent à un titre ou un autre à la résilience des organisations et à la préparation des populations une bonne chose, même s’il faut prendre garde à ne pas saturer le créneau. En effet, cela sensibilise les populations à ce risque extrêmement conséquent, notamment en termes de désorganisation sociale et de coûts économiques (15 à 30 milliards de coûts directs et le double en indirects) et trop souvent oubliés de la majeure partie de la population francilienne, à l’exception de ceux qui vivent près du fleuve… Ce n’est pas non plus une campagne de publicité payée par l’État ou les communes.. Donc tout le monde peut se faire un peu de pub, et pourquoi pas.. C’est très bien…

Et, je dois avouer qu’à la vue de l’ensemble des reportages, tout se passe à peu près bien… les salles de crise sont opérationnelles… Tous les services de l’État, des départements, des villes et communes sont mobilisés et tout se passe relativement bien… même si certains nous expliquent que si c’était la « vraie crue » cela ne se passerait pas de la même manière Néanmoins, le sentiment général est que « nous savons faire », même si tout n’est pas parfait….

Or, cela n’est absolument pas vrai, l’ensemble des salles opérationnelles parisiennes et gouvernementales sont dans des zones inondables et seraient inopérable en cas de crue majeure (1901). C’est vrai pour les salles de commandement et de crises de la Préfecture de Police, de la Mairie de Paris, du Centre de crise du MAE, du Centre de crise de Bercy (COBER), du CPCO à Balard (mais ce dernier a semble-t-il été conçu pour opérer malgré cela), et même de la CIC, place Beauvau… toutes sauf une en sous-sol. Certes, des plans de continuité existent, quelques déménagements sont prévus (souvent pas ou peu tester) mais dans des modes tellement dégradés que l’on ne voit pas, face à un niveau de sollicitation extrême, comment ces salles opérationnelles pourraient remplir leurs fonctions. De même, au plan économique, combien d’entreprises ont réellement des plans de continuité d’activité à jour pour faire face à la crue de la Seine ? Je ne connais pas de statistiques disponibles à cet égard, mais je serais surpris que cela dépasse 5 % sur l’ensemble des entreprises de l’Île-de-France. De même combien de communes d’ile de France ont leur Plan Communal de Sauvegarde fait, à jour et complet ?

Car, le rapport de l’OCDE paru cette semaine le dit bien : Globalement depuis quatre ans une prise de conscience a été entreprise, mais force est de constater que les résultats ne sont pas là : les décisions concernant les grands investissements d’aménagement ne sont pas prises, la planification n’a pas beaucoup évolué, les dispositifs de gestion de crise ne seraient pas toujours opérationnels au niveau il conviendrait (cf Page 15 du rapport OCDE), compte tenu de la nature de l’événement… les plans post-crise de reconstruction de réaménagement n’existent pas.

Les effectifs des personnes en charge de la planification à la zone de défense de Paris n’ont pas beaucoup évolué, en tout cas, nous sommes très loin de l’effort en regard des enjeux. Seuls les grands opérateurs, qui ont compris les enjeux et leur responsabilité, commencent à investir de manière notable sur la réduction de vulnérabilité de leurs réseaux et améliorent de manière continue leurs dispositifs de gestion de crise.

Or les enjeux sont majeurs: tout d’abord les enjeux olympiques, que deviendrait la candidature de Paris si au printemps 2024 la crue centennale frappait Paris ? – Les enjeux économiques, entre 30 et 60 milliards, un poids énorme sur les finances publiques nationales, et une attractivité « Parisienne » serait perdu pour plusieurs mois voire plusieurs années..

Il faut donc réaliser un vrai programme pour faire face à la vraie crue (la centennale ou la millénaire), ce qui n’est aujourd’hui pas fait, et je dirais même pas prévu, aucune déclaration politique n’est venue du plus haut niveau de l’État depuis cette première crue du quinquennat.

Certes, Paris a rejoint le club des 100 villes résilientes de la Fondation Rockfeller, c’est un beau coup de pub, cela permet aussi de financer le poste de « chargé de résilience de la Ville de Paris », et de donner aux associés (les grands cabinets US) de la fondation Rockfeller la possibilité de réaliser une belle opération de « Social engineering » (comme le disait M. Christian Harbulot, directeur de l’école de guerre économique, lors de notre dernier petit-déjeuner)… mais cela ne fait pas une politique.

Où sont les structures et les investissements pour accroître la résilience et la réduction des vulnérabilités d’une région comme l’ile de France, ne faudrait-il pas un vrai pilote pour coordonner et prioriser les investissements qui manquent aujourd’hui ? Et ce, tant en termes de finances, que de lisibilité entre réduction de vulnérabilités, prévention, préparation, gestion de crise et de post- crise. Nous pourrions nous inspirer fortement de nos amis hollandais, qui eux savent faire la péréquation entre risques et enjeux, au niveau adéquat.

Cette crue 2018 (décennale ou trentenale) est à la fois un exercice grandeur nature profitable à tous, en espérant qu’une « plus violente » n’intervienne pas d’ici quelques semaines, mais elle doit surtout nous interroger, sur notre capacité réelle de prendre en compte les événements majeurs en rapport avec les enjeux, et ne pas toujours jouer sur la Com… un jour cela ne suffira pas.

Christian Sommade – Délégué Général du HCFDC

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