Police municipale : ne tirez pas sur la troisième force de sécurité publique de la France

logo policeAprès ‘l’enquête exclusive » de la chaine M6, diffusée dimanche 20 janvier 2013 (voir extrait ci-dessous), Émilie Therouin, Adjoint au Maire chargé de la sécurité de la Ville d’Amiens, réagit vivement sur son blog.

Vidéo Enquête exclusive : Polices Municipales : les nouvelles forces de l’ordre – M6

Enquête exclusive sur les polices municipales : comparons ce qui est comparable ! par Emilie Therouin

Ce 20 janvier, M6 a diffusé Enquête exclusive spéciale polices municipales, émission qui ne va pas améliorer l’image que les Français ont des agents de police municipale. Les polices municipales, et singulièrement la police municipale d’Amiens, ne sont guère « montrées » sous leur meilleur jour, et c’est le moins qu’on puisse dire… Je le regrette vivement.

Certaines réactions sont vives et je les comprends. Beaucoup d’agents de police municipale ne se reconnaissent d’ailleurs pas dans ce documentaire. Il n’y a même rien de valorisant, c’est tout juste caricatural : les agents de police municipale seraient “sous-diplômés” et des frustrés de la police nationale qui sont par défaut en police municipale. L’on y montre un agent qui vient d’être armé et qui se fait renvoyer de la police municipale pour faute grave, et cetera, et cetera. Pour couronner le tout, le partenariat avec la police nationale est présenté comme franchement défaillant.

Bref, si l’on en croit M6, la police municipale c’est des courses-poursuites, de la vidéosurveillance, des traques nocturnes, des armes à feu, des casques, des boucliers de maintien de l’ordre, etc. En revanche, sont tournés en ridicule ou absents la police de proximité, les rapports privilégiés avec les habitants, l’assistance aux personnes, le statut d’agent de police judiciaire adjoint, ou encore le renseignement. Malheureusement, ce documentaire a volontairement passé sous silence la richesse des missions affectées aux policiers municipaux pour se concentrer uniquement sur du sensationnel et a dévalorisé la profession. Je ne m’étendrai pas plus sur la ligne éditoriale adoptée par le documentaire « les polices municipales : les nouvelles forces de l’ordre ». Rappelons que le maintien de l’ordre relève exclusivement de l’État…

J’entends également les sarcasmes suite aux images diffusées concernant Amiens, son quartier Nord, ses habitants et nos agents de police municipale. Le montage de l’émission a choisi de comparer l’incomparable : l’action de la police municipale de Nice (343 000 habitants) en centre-ville et celle de la police municipale d’Amiens (137 000 habitants) dans le quartier Nord classé en zone de sécurité prioritaire en août dernier.

Nous pourrions, comme je l’entends souvent parmi nos nombreux détracteurs, changer notre doctrine et délaisser les quartiers afin de concentrer nos effectifs de police municipale en centre-ville. Cela ferait de beaux reportages. Mais ce n’est pas le choix que nous avons fait. Il ne s’agit pas pour la police municipale de suppléer la brigade anti-criminalité dans le centre-ville à la recherche d’hommes isolés sous l’emprise de psychotropes, comme nous l’avons vu à Nice, mais bien d’aller renouer le contact dans tous les quartiers en assurant une présence dissuasive et rassurante.

Au printemps dernier, ce sont bien des heures de tournage que les journalistes ont faites dans de nombreux quartiers de la ville, pour suivre différentes missions confiées à la police municipale d’Amiens dans le cadre des pouvoirs de police du maire. Nous y avions évoqué les valeurs du métier, le besoin de reconnaissance ou encore la nécessité d’un nouveau cadre législatif. La mobilisation de l’État et de la municipalité est complètement passée sous silence et les efforts fournis se retrouvent balayés d’un revers de main, et ce, en quelques minutes par une émission de télévision, tandis que nous affirmons des missions claires pour les agents municipaux, augmentons les effectifs notamment en doublant ceux affectés dans les postes de quartier, soutenons la professionnalisation et la formation, leur mettons à disposition de nouveaux locaux et renforçons le partenariat avec la police nationale. Il n’en est nullement question dans le montage. Et pour cause ! Les violences urbaines d’Amiens Nord d’août dernier ont brutalement changé la focale. On nous montre désormais notre ville uniquement sous l’angle du sensationnalisme, de la violence, d’une jeunesse qui ferait peur et de professionnels qui agissent, mais qui doutent dans l’action. Même si cela peut correspondre à une part de réalité, il n’en reste pas moins que cette réalité est malheureusement la même dans la plupart des grandes villes de France, y compris Nice…

S’il apparaît que les affrontements de l’été dernier n’ont fait que renforcer le besoin de police au quotidien pour la population, il n’est un secret pour personne que les uniformes ne sont pas partout les bienvenus… Dans ces conditions, je salue d’autant plus le travail réalisé par les policiers nationaux et municipaux pour ne pas « lâcher le terrain », malgré les provocations et les difficultés. Je veux particulièrement rendre hommage à l’ensemble des agents de police municipale d’Amiens, et notamment aux dix fonctionnaires qui sont affectés au poste Nord, qui forment une équipe volontaire et motivée.

En dépit des difficultés et des évènements, la municipalité revendique le choix d’une pleine implication en faveur de la sécurité, en s’appuyant notamment sur une police municipale de proximité qui patrouille dans tous les quartiers. Avec l’État et nos partenaires, nous continuerons à œuvrer de concert pour rétablir le dialogue et l’ordre républicain.

Rappel : Au quotidien, les Policiers municipaux gèrent les bagarres, les vols et les accidents dans les communes. Ce sont eux qui verbalisent les chauffards. Ils sont 20 000 en France : leur nombre a explosé au cours des dix dernières années. Ces hommes en uniforme sont recrutés et payés par les municipalités. Leurs missions : assurer l’ordre et la sécurité sur la voie publique.

Share Button

Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*