Garonne : allons nous vers une crue du siècle

Dans nos deux précédents articles  « Les hauteurs de neige record font craindre des avalanches en montagne et des inondations en plaine » et « Bassin Adour-Garonne : le risque de crue se précise« , nous évoquions le risque d’inondation dans les bassins de l’Adour et de la Garonne compte tenu du manteau neigeux historique et l’arrivée probable du redoux accompagné de pluies printanières habituelles dans le sud-ouest.

En effet, le risque n’a rien de théorique. Pour ce qui est de la Garonne, la majorité des grandes crues sont intervenues pendant les trois mois du printemps. À Toulouse, la plus dévastatrice date de juin 1875. Avec une hauteur de crue supérieure à 8m32, c’est la crue de référence .

Juin 1875 à Toulouse : une crue qualifiée de centennale

En 1875 la crue noyait Saint Cyprien jusqu’à Patte d’oie, et la Garonne arrachait les ponts et charriait des corps sans vie. Avec 1 400 maisons détruites et 200 morts, Toulouse payait un lourd tribut aux inondations lors de cette crue qualifiée depuis de centennale de juin 1875. L’histoire rappelle aussi celle de 1885 avec une hauteur de crue à 6,10m qui détruisit le pont St Pierre, celle de 1772 à 6,65m où l’hospice St Jacques s’est effondré, et en 1727 où une crue de 7,20m tuait 50 personnes et détruisait 939 maisons.

Toulouse : des crues et des inondations récurrentes

A Toulouse, les crues et les inondations sont très  courantes. Parmi les épisodes récents, juin 2000 (4,38m), mai 1977 (4,31m),  1952 (4,57m), et même janvier 2009 figurent en bonne place dans les événements historiques. En 2000 malgré une hauteur de crue de moitié de celle de 1875,  le 12 juin on relatait l’évacuation massive en pleine nuit des résidents de l’île du ramier, de la cité universitaire et celle de l’ENSI, la mise en alerte du quartier Casselardit. Une maison de retraite avait du mettre ses pensionnaires aux étages, et on  signalait 15 blessés dans un accident d’autocar surpris par la montée des eaux.

                                  Les principales crues depuis 1875

Cette fréquence des inondations s’explique par la situation géographique  de la ville. En effet, Toulouse est traversée par un fleuve et des rivières venues d’un massif montagneux très proche. Au printemps quand des pluies d’orage et la fonte des neiges gonflent la Garonne et ses affluents, la crue torrentielle  arrive des Pyrénées en moins de 8h et peut monter de 30 cm par heure.

En 1875, sa force destructrice était de 7500 m3/s, l’eau montait de 3 cm par minute jusqu’à plus de 8 m, sa vitesse atteignait 25 km/h de part le dénivelé de 20 m à Toulouse.

La Garonne un fleuve sous haute surveillance

Face à de telle situation, la prévision doit être rapide, pour cela le SPCG (service de prévision des crues Garonne) reçoit tous les 1/4 d’heures par radiotransmission des capteurs installés en montagne et en plaine, l’information sur le niveau des eaux. Dès que l’alerte est donnée les mesures de sauvegarde s’enclenchent, évacuation de la population concernée, fermeture du métro et des vannes d’égouts, mise en place des pompes et des batardeaux, enlèvement des produits chimiques, ou classés dangereux (SNPE notamment) de jour ou de nuit.

Suivre la crue de la Garonne avec vigicrues

La Direction Départementale des Territoires de la Haute-Garonne à la Préfecture de la Haute-Garonne a d’ailleurs développé un site d’information « Toulouse, ville inondée, ville inondable » 

Toulouse_inondation

http://www.toulouse-inondation.org/

Haute Garonne (31) : 467 des 589 communes concernées par les inondations

Garonne_carte_risque_innondationCes brutales montées des eaux dont tous les spécialistes s’accordent pour affirmer qu’elles se reproduiront  un jour ou l’autre avec au moins la même intensité concerne 467 des 589 communes du département de la haute Garonne. Mais toutes ces communes ne vivent pas sous la même menace. La carte des plans de prévention des risques (PPR) isole les 251 communes de la vallée de la Garonne, du secteur montagneux et du bassin du Tarn où le risque d’une brutale montée des eaux est majeur, du reste du département où le danger est plus modéré.

Etat des lieux des plans de prévention

La Haute-Garonne compte actuellement 102 plans de prévention des risques inondation approuvés. Et 67 autres sont en cours d’élaboration. Ces PPR dits prescrits concernent le Touch aval avec notamment les communes de Plaisance, Tournefeuille et Fonsorbe. La Garonne moyenne autour du Muret, l’Hers amont, dans le secteur de Villefranche de Rouergue, l’Hers moyen avec les communes de Baziège et Castanet, l’Ariège Hers vif à proximité de Auterive et Toulouse. Pour le moment, la Ville rose n’est protégée que par un plan dit de surface submersible qui oblige à consulter le préfet avant toute délivrance d’un permis de construire en zone inondable. Le PPR proprement dit devrait quant à lui être soumis à enquête publique début juin.

Tous ces  PPR tiennent  compte des nouveaux aménagements de protection qui ont été mis en place, précise Pascal Sauvagnac, chef du service risques et gestion de crises à la direction départementale des territoires (DDT).

Toulouse : Protection, Sauvegarde, Résilience

Toulouse est-elle protégée en cas d’inondations ? A cette question, Jean-Pierre Havrin, adjoint au maire en charge de la sécurité civile et des risques majeurs, répond oui sans hésiter. « C’est un souci majeur. Nous avons un ensemble de plans très élaborés », explique ce dernier en faisant référence au plan communal de sauvegarde (PCS), document rendu obligatoire par la loi depuis août 2004 et qui organise les moyens mis en œuvre par la Ville en cas de crise (climatique, sanitaire, technologique, météorologique…).

A Toulouse, le PCS, remis à jour chaque année, s’appuie, pour le volet inondations, sur les données recueillies après la crue historique de la Garonne de 1875. « Rien ne dit que ça n’arrivera plus. Il faut laisser la place au doute et surtout garder la mémoire, celle des anciens et celle, plus technique, de la hauteur des crues », explique-t-on à la Direction de la sécurité civile et des risques majeurs qui travaille actuellement à la mise en place de repères de crue sur les bâtiments toulousains. « Ce repère permettrait d’informer et de faire perdurer la mémoire. L’oubli du passé a peut-être joué son rôle dans les événements dramatiques de Vendée. Ce qui est important, c’est d’informer la population. »

Digues au point mort

Pour compléter ce souci pédagogique, le Dicrim (document d’information communal sur les risques majeurs) doit pouvoir être consulté par tous les Toulousains.

Le PCS, version inondations,intègre un scénario intra digues et extra digues, c’est-à-dire si ces dernières venaient à céder. Or, sur la question de l’entretien et du renforcement éventuel de ces ouvrages, difficile de savoir où on en est. L’année dernière, à la même époque, le conseil municipal avait interpellé l’Etat sur le financement du renforcement des digues. Le préfet, Dominique Bur, avait alors répondu que si les digues qui protègent Toulouse avaient été construites par l’Etat dans les années cinquante et soixante-dix, l’Etat considérait qu’elles relevaient désormais de l’urbanisme communal. Le préfet avait ajouté qu’il y avait urgence à engager des travaux -estimés à sept millions.

Ce dossier, de la compétence du Grand Toulouse, serait toujours à l’état de discussions entre la préfecture et la mairie de Toulouse. Des inventaires sur l’état des constructions et des travaux à y effectuer seraient en cours.

Interview fait par le Dépêche du midi

 

 

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