Climat et risques naturels : quels enjeux ?

Le HCFDC organisait, jeudi 16 mars 2017, un petit-déjeuner au Sénat sur la thématique « Risques naturels et changements climatiques. Cette rencontre était présidée par Marc Mortureux, Directeur général de la prévention des risques au sein du Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, et Jacques Gautier, ancien sénateur des Hauts-de-Seine et Président du HCFDC.

Changements climatiques et risques naturels : le pire reste à venir

On ne compte désormais plus les études établissant des corrélations positives entre changements climatiques et accentuation des événements extrêmes. À l’horizon 2040, une augmentation moyenne du niveau des mers de 20 cm, alliée à d’autres facteurs, aurait ainsi des conséquences très importantes. Les tempêtes telle que Xynthia seraient alors plus fréquentes d’ici quelques dizaines d’années.

L’aléa submersion marine est ainsi, selon le rapport de 2015 de la Fédération française de l’assurance (FFA), un grand enjeu. Il figure en deuxième, après la sécheresse, dans la liste des phénomènes qui généreront des surcoûts en termes d’indemnisation CatNat.

La tempête Zeus s'abat sur le Morbihan. Source : Ouest-France
La tempête Zeus s’abat sur le Morbihan. Source : Ouest-France
Une ambition croissante : adapter les territoires

Selon Marc Mortureux, l’État est en position instable face aux risques climatiques. Il doit ainsi maintenir un équilibre fragile entre prévention des risques et développement territorial. Pour cela, de nombreux aménageurs et promoteurs avancent des solutions innovantes. Il s’agit notamment de construire en zone inondable, à l’image du quartier Matra de Romorantin (41). Ce principe s’applique également dans les territoires touchés par une catastrophe, sous le vocable build back better (de l’anglais, mieux reconstruire). Ces démarches, qui concernent directement l’aménagement du territoire, s’inscrivent dans le temps long. À ce titre, certains acteurs en appellent aux assureurs, et à l’Etat à travers le dispositif CatNat, pour permettre de reconstruire de manière raisonnée après, par exemple, les crues de mai-juin 2016.

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Lundi 13 mars 2017, plus de 600 000 foyers étaient privés d’électricité suite au passage de la tempête Zeus. Source : Jeff Pachoud / AFP
Quid des réseaux ?

À l’occasion de cet événement, de nombreuses interrogations ont émergées concernant l’adaptation des réseaux d’infrastructures critiques. Au vu des coûts souvent très sensibles des travaux nécessaires, l’État ne peut supporter cette charge seul. De même, les opérateurs ne disposent pas de ressources suffisantes pour réduire la vulnérabilité de réseaux s’étalant souvent sur des centaines voire des milliers de kilomètres.

Le Ministère de l’environnement incite ainsi les opérateurs à engager une réflexion commune sur la vulnérabilité de leurs réseaux et sur les interdépendances qui les lient. L’outil cartographique est alors plébiscité comme l’un des vecteurs les plus pertinents pour concrétiser ces échanges.

À l’image des discussions de ce petit-déjeuner, les débats sur le climat sont l’occasion d’interroger nos dispositifs de prévention des risques et de les projeter à long terme. La réussite de la stratégie d’adaptation de la France ne semble alors possible que si l’agenda politique est sensible à de telles échéances.

 

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Utilisation de drônes en gestion de l’urgence : l’expérience italienne  

Le village de Ponzano, dans la province italienne des Abruzzes, est soumis depuis une dizaine de jours à un glissement de terrain d’une ampleur peu commune. 35 maisons ont ainsi été endommagées par des mouvements de terrain atteignant 11 mètres en neuf jours.
Ce phénomène est notamment dû à la série de tremblements de terre qui a touché la région, ainsi qu’aux importantes chutes de neige et à leur fonte rapide. Un important volume d’eau s’est ainsi accumulé dans le sol, provoquant une instabilité des sols et des glissements de terrain exceptionnels. 120 personnes ont jusqu’à présent été évacuées. Habitants et autorités attendent à présent les résultats des études géologiques en cours.

Source : cityrumors.it
Source : cityrumors.it

Plusieurs vidéos ont été publiées, décrivant les dégâts causés par cet inexorable mouvement. Ces images ont été filmées grâce à des drônes et des robots, déployés par les pompiers italiens (Vigili del Fuoco). L’utilisation de ces nouveaux modes d’acquisition de données en cas de catastrophes a été saluée par l’organisation Rome Drone, spécialiste de ces technologies.

Les images transmises par les drônes ont ainsi permis d’estimer les dégâts sur le terrain et d’établir une planification pour le retour à la normale. Grâce à la modélisation en 3D des bâtiments, les plus fragiles et ceux nécessitant une intervention prioritaire ont pu être identifiés avant le déploiement des équipes sur le terrain. Tandis que les répliques continuaient à secouer la région, les robots ont ainsi permis de diminuer les risques d’intervention pour les équipes de secours.

Les engins mobilisés à cette occasion ont été empruntés au projet Tradr (Long Term Human Robot Teaming for Robot Assisted Disaster Response, ou Combinaison à long terme des moyens humains et robotiques pour l’assistance en cas de catastrophes majeures).

En janvier dernier, lors de l’avalanche qui a détruit l’Hôtel Rigopiano dans les Abruzzes, les capteurs intégrés aux drônes ont également servi à localiser les personnes enfouies grâce à leur chaleur corporelle ou aux signaux de leurs téléphones portables.

Ces actions ont valu la plus haute distinction aux Vigili del Fuoco, à l’occasion de la cérémonie des « Oscars des pompiers ».

Consulter le site du projet Tradr 

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Vote à l’Assemblée Nationale : prorogation du fonds Barnier

Palais Bourbon. Source : LeMonde.fr
Source : LeMonde.fr

Lors de la séance du 2 novembre à l’Assemblée nationale, Jacques Krabal, député de la 5ème circonscription de l’Aisne, a défendu l’amendement n°181 en faveur de la prolongation du Fonds de prévention des risques naturels et majeurs (dits « Fonds Barnier ») jusqu’en 2020.

« L’amendement vise à insérer un article additionnel pour proroger les mesures existantes, importantes et structurantes, en matière de prévention des risques naturels majeurs. Soulignons-le : ces mesures sont indispensables.

Le dispositif actuel comprend dix-sept mesures de financement, regroupées en trois grandes catégories : l’acquisition – par expropriation ou à l’amiable – de biens exposés ou sinistrés, par des mesures pérennes ; l’élaboration des plans de prévention des risques naturels, au titre de l’information préventive ; la réduction du risque et de la vulnérabilité face aux risques. »

L’amendement défendu par Monsieur le Député Jacques Krabal a été adopté.

Source : Assemblée Nationale, XIVè législature, Session ordinaire de 2016-2017, Compte rendu intégral, séance du mercredi 2 novembre 2016 (lien)

 

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L’Aquila, Amatrice : quels facteurs de vulnérabilité ?

Le 24 août 2016, à 3h38 du matin, la commune d’Amatrice, dans le centre de l’Italie, a été touchée par un séisme de magnitude 6,2. Sept ans auparavant, le 6 avril 2009, un événement d’intensité similaire avait détruit le village de l’Aquila, à quelques dizaines de kilomètres de là.

Ainsi, quels ont été les facteurs de vulnérabilité applicables aux territoire touchés ? Ces derniers sont-ils toujours d’actualité au lendemain de la catastrophe d’Amatrice ?

 

Les services de secours, sur le terrain du matin au soir. Source : AFP.
Les services de secours, sur le terrain du matin au soir, à Amatrice. Source : AFP.

Une détection de signaux faibles pointée du doigt

308 personnes avaient trouvé la mort suite au tremblement de terre de 2009. En 2012, le juge Marco Billi condamnait six scientifiques italiens et un ancien fonctionnaire à six ans de prison pour avoir délivré des informations jugées « inexactes, incomplètes et contradictoires » à propos des secousses constatées les mois précédant la catastrophe. À l’époque, cette condamnation avait suscité l’émotion de la communauté scientifique. Nombre de ces membres redoutaient ainsi qu’au delà des responsables mis en cause, la justice s’attaque à la capacité de prédiction des sismologues. La cour avait quant à elle considéré que la caractérisation des risques avait été inadéquate, impliquant une minimisation des dangers auxquels la ville était soumise.

De nombreux scientifiques avaient alors témoigné leur soutien aux personnes mises en cause. Selon la lettre ouverte que 5000 d’entre eux avaient adressée au président italien de l’époque Giorgio Napolitano, un tremblement de terre est « foncièrement imprévisible ».

En 2015, suite au recours auprès de la Cour Suprême de cassation lancé par les avocats des accusés, les charges ont finalement été abandonnées pour six d’entre eux. Le dernier, De Bernadinis a vu sa peine seulement réduite car il avait annoncé que la population était en sécurité, et que « les secousses relevées avaient un effet positif car elles permettaient de délivrer de l’énergie, et donc de réduire la probabilité d’un séisme majeur ». Ses homologues, quant à eux, avaient seulement soutenu que ces secousses ne modifiaient pas la probabilité d’un séisme de grande ampleur.

Ian Main, sismologue rattaché à l’Université d’Edimbourg avait alors exprimé son soulagement. « Nous n’avons pas à nous inquiéter de la possibilité d’être poursuivis si nous donnons un avis à propos de séismes. Cela nous empêcherait de donner une opinion honnête ». Beaucoup de voix s’élèvent depuis pour sensibiliser au fait que l’enjeu principal de cette région à forte sismicité est « quand » la terre tremblera de nouveau, et non « si » elle le fera. Cependant, la prise de conscience demeure lente.

 

Des bâtiments encore trop vulnérables

Une autre controverse avait émergée suite au séisme de 2009. Très rapidement, plusieurs responsables de services de secours avaient souligné que les dégâts causés aux bâtiments de plusieurs villes et villages étaient très importants. Nombre d’entre eux étaient de qualité médiocre, probablement fait de sable pour certains. Un membre de l’Agence de Protection Civile italienne avait même soutenu qu’un séisme de cette magnitude en Californie n’aurait fait aucun mort. Certains bâtiments, pourtant censés résister à de telles secousses, avaient en effet subi des dommages considérables, à l’image de la nouvelle aile de l’hôpital de l’Aquila, inaugurée en 2000.

L'hôpital de l'Aquila, après le séisme de 2009. Source : tg24.sky.it
L’hôpital de l’Aquila, après le séisme de 2009. Source : tg24.sky.it

Un débat avait émergé à propos du renforcement des normes de constructions et des structures de certains bâtiments, notamment les plus anciens. Peu d’avancées ont finalement été constatées, en raison des coûts induits par ce type de travaux. Mary Comerio, présidente de l’Institut de recherche en ingénierie sismique d’Oakland en Californie, soulignait par ailleurs le fait qu’à l’Aquila, les travaux de reconstruction de tels bâtiments ont à peine commencé en raison des désaccords sur les techniques à employer.

 

Si la solidité des bâtiments et les systèmes d’alerte restent un problème, certains experts soulignent également la faible information des populations. Nos voisins italiens, au même titre que nous, demeurons trop peu sensibilisés aux bons comportements à tenir en cas de séisme.

 

 Sources : 
– Jon HAMILTON, « Despite Lessons From 2009 Quake, Buildings In Italy Remain Vulnerable », NPR, 24 août 2016, URL : http://www.npr.org/2016/08/24/491242636/despite-lessons-from-2009-quake-buildings-in-italy-remain-vulnerable
– Fiona MACDONALD, « Italy’s earthquake scientists have been cleared for good », Science Alert, 23 novembre 2015, URL :http://www.sciencealert.com/italy-s-earthquake-scientists-have-been-cleared-for-good
– Laetitia VAN EECKHOUT, « Sept ans après le séisme de L’Aquila, pourquoi l’Italie tremble-t-elle encore ? », Le Monde, 24 août 2016, URL : http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/08/24/sept-ans-apres-l-aquila-pourquoi-l-italie-tremble-t-elle-encore_4987295_3244.html#tYieycJEPbSTB4rP.99
– S.P, « Séisme en Italie : pourquoi un si lourd bilan », Le Parisien, 25 août 2016, URL : http://www.leparisien.fr/faits-divers/seisme-en-italie-pourquoi-le-bilan-est-il-si-lourd-25-08-2016-6068025.php#xtor=AD-1481423553&nli=p
– « L’Aquila quake: Italy scientists guilty of manslaughter », BBC News, 22 octobre 2012, URL : http://www.bbc.com/news/world-europe-20025626

 

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