Incendies de forêt : un état des lieux

Chaque année en France, lors de la période estivale, la problématique des incendies de forêt revient, notamment dans le Sud. Le climat méditerranéen chaud et sec favorise le développement d’incendies dont l’intensité peut varier selon les conditions climatiques. Pour se propager, un incendie répond à la règle du triangle du feu : comburant, combustible et chaleur. Une atmosphère sèche et peu humide (comburant), combinée à de la végétation sèche (combustible) et à un air chaud (chaleur) sont des conditions idéales qui favorisent l’éclosion des feux de forêt. Alors que 4193 hectares de végétation ont déjà été touchés au 15 août 2016, nous revenons dans cet article sur les feux qui se sont déroulés très récemment dans le Sud, ainsi que sur la dernière décennie de lutte pour protéger nos campagnes.

Pour contrer cet aléa climatique très présent sur le territoire français, l’État a mis en oeuvre des mesures. En 2014, l’ensemble du corps des sapeurs-pompiers, professionnels, volontaires et militaires confondus, représentait environ 250 000 individus. À cela, il faut ajouter 15 000 véhicules divers pour mener à bien toutes les missions, 7 015 centres d’incendie et de secours pour plus de 20 millions d’appels répartis entre le 18 et le 112. En outre, les moyens aériens de la sécurité civile viennent compléter ce dispositif avec 11 canadairs CL 415, 10 trackers, 2 Dashs, ainsi que 2 Beechcrafts.

Malgré cet arsenal imposant, chaque année les images de zones boisées dévastées, lorsqu’il ne s’agit pas de maisons, nous parviennent par le biais des médias. Bien que la météorologie soit en partie responsable des incendies de forêt, il ne faut pas négliger la part de responsabilité des hommes. Effectivement, le périurbain est toujours plus dense dans des zones au contact des campagnes. La population, malgré sa bonne volonté générale, contribue fortement aux nombreux départs d’incendies, comme les chiffres de la base Prométhée le prouvent. En 2006, si 10,4% des feux de forêt trouvent leur origine dans une cause naturelle, 5% sont d’origine accidentelle, 26,9% résultent de la malveillance, et 28,3% d’entre eux sont dus à de l’imprudence (travaux, loisirs). Ensuite, la désertification des campagnes et la perte de certaines traditions pastorales, dont certaines consistaient à entretenir bois et forêts, favorisent la propagation des incendies en lui fournissant une plus grande matière à consumer. En outre, cette densification du couvert végétal contrarie l’intervention des secours puisque la végétation complique les déplacements.

Toutefois, les nombreuses campagnes de prévention et de sensibilisation, couplées à l’effort des services de secours, portent leurs fruits. Nous avons analysés les données de la base Prométhée sur deux périodes de six années, l’une courant de 2005 à 2010, et l’autre de 2011 au 15 août 2016. Pour la première période 2005-2010, la moyenne annuelle du nombre d’incendies de forêt est de 1848 pour une moyenne annuelle de surface brûlée de 8394 hectares. Pour la période 2011-2016, la moyenne annuelle du nombre d’incendies de forêt légèrement inférieure (1514), tandis que la moyenne annuelle de surface brûlée est en baisse significative, puisque elle est seulement de 3733 hectares. Evidemment, ces nombres restent élevés, mais pour une période équivalente de six années, les efforts consentis, de la part des populations et des secours donnent des résultats probants. La part aléatoire de l’impact du climat est également à considérer dans ces résultats, puisqu’un climat plus chaud et sec, qui plus est sur des périodes de temps plus importantes, favorisera indéniablement le nombre d’incendies, ainsi que les surfaces qu’ils parcourent.

Source : Prométhée, mise à jour 16 août 2016
Source : Prométhée, mise à jour 16 août 2016

Suite aux graves incendies qui ont sévi dans les Bouches-du-Rhône et ravagés plus de 3 000 hectares de garrigue, le journal Le Monde publiait le 11 août dernier un article. Selon cet article, la superficie parcourue n’a rien d’exceptionnelle, c’est l’aspect périurbain de l’incendie dans un contexte de pression anthropique forte qui est problématique. Effectivement, zones forestières et zones d’habitations cohabitent dans un espace vulnérable, avec une densité de population accrue lors de la période estivale. Cette cohabitation tend à s’accroître sous l’effet de la pression démographique en raison de la construction de maisons pavillonnaires au coeur des forêts. De plus, l’article revient sur des conditions pluvieuses lors de l’automne et l’hiver, favorable à la création de biomasse qui s’est fortement déshydratée ces derniers mois suite à de fortes chaleurs et une faible pluviométrie. Cela a été couplé à de forts vents qui ont propagé les incendies très rapidement, rendant le travail des secours particulièrement complexe.

Le risque zéro n’existe pas, et cela quand bien même tous les acteurs de la société s’investiraient pleinement dans la lutte contre les incendies. Malheureusement, nous sommes encore loin de l’engagement nécessaire, bien que de nombreux efforts aient été réalisés pour que le risque diminue durablement. La pression démographique et le rêve d’une maison individuelle au coeur d’un espace exceptionnel, rendu possible dans certains territoires, ainsi que la déprise agricole, sont autant d’éléments qui peuvent être une source d’inquiétude pour l’avenir. D’autant plus lorsque nous savons que le changement climatique va engendrer des épisodes météorologiques plus extrêmes.

Pour conclure, nous pouvons affirmer que chacun des acteurs de la société doit prendre ses responsabilités et les assumer le moment venu. Pour rappel, depuis le 8 août dernier les humains ont englouti plus de ressources que la planète ne peut en produire en un an.

 

– Base de données Prométhée

– Article paru dans le journal Le Monde

 

Un Canadair luttant contre les incendies de forêt.
Un Canadair luttant contre les incendies de forêt.
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Chronique d’une crue

L’événement rare qu’a connu l’Île-de-France en ce début de mois de juin nous remémore que ce territoire à forte vulnérabilité est exposé à un risque important. Bien qu’au mois de mars dernier l’exercice de simulation de crise EU Sequana 2016 ait sonné comme une piqûre de rappel, la crue de la Seine en cette fin de printemps est venue justifiée la mobilisation des moyens de la sécurité civile quelques mois auparavant. En outre, une telle catastrophe tend à sensibiliser la population aux risques auxquels elle est exposée, et à développer ou maintenir, dans une certaine mesure, une conscience du risque. Nous revenons dans cet article sur quelques-uns des papiers qui ont été écrits pendant le déroulement de cet épisode de juin.

 

Comme il est introduit dans l’article, la Seine a atteint un pic de plus de 6 mètres et les voies sur berges ont été inondées. Au rang des vulnérabilités, nous retrouvons la vulnérabilité humaine, économique, structurelle, patrimoniale, pour ne citer que celles-ci. Aussi, l’actualité de la crue nous fait associer la notion de risque extrême aux catastrophes naturelles. Ainsi, les franciliens les plus aguerris auront connaissance des crues de 1570, 1910, ou encore de 1953. Nous retrouvons dans l’article une différence importante entre ce qu’est un événement extrême et un événement rare, à ne pas confondre. Un événement extrême est un événement qui a une faible probabilité de se produire mais qui, lorsqu’il se produit, prend de très petites ou de très grandes valeurs et a un grand impact. On notera la différence avec un événement rare qui, par définition, est un événement dont la probabilité d’occurence est faible. 

L’article poursuit son chemin sur les méthodes qui permettent d’anticiper des événements de nature extrême. Nous retrouvons l’analyse des événements passés qui, selon la fiabilité et la quantité des données, vont permettre de créer des modélisations à multiples scénarios. Sur le plan mathématique la théorie des valeurs extrêmes sur laquelle il est possible de construire des modèles statistiques est abordée. Autre et dernier domaine d’application historique que nous redécouvrons dans cet article, l’hydrologie. L’objet est finalement de donner aux lecteurs quelques clefs sur les méthodes qu’ils existent pour se prémunir contre les risques avec ces différentes probabilités.

Paru le 7 juin 2016, l’article revient sur le fonds d’extrême urgence mis en place par l’Etat pour aider les sinistrés dans l’urgence. L’aide débloquée a été de l’ordre de 500 euros par foyer en moyenne, pour un total de 30 millions d’euros de crédits publics. D’autres aides exceptionnelles ont été octroyées aux artisans, commerçants, et aux commerces de proximité. Déjà à ce stade, l’Association française de l’assurance estimait le coût des inondations compris entre 900 millions et 1,4 milliards d’euros. Encore affectés par la crue de la Seine, 7 départements étaient toujours placés en vigilance météo orange, et l’aval de la Seine, bien que la décrue était amorcée, demeurait toujours menacée par des orages et des débordements de cours d’eau.

Le jeudi 9 juin 2016 a été publié au Journal Officiel l’arrêté interministériel déclarant l’état de catastrophe naturelle dans des centaines de communes de 17 départements français. Comme il l’est évoqué, cet arrête ouvre la voie à l’indemnisation des victimes des 812 communes. Malheureusement, pour certains sinistrés, la facture sera peut-être plus lourde que pour le sinistré de la commune voisine. Effectivement, les sinistrés paieront plus cher de franchise s’ils habitent dans une commune qui n’a pas de plan de prévention des risques et que cette commune a été touchée par des inondations reconnues « catastrophe naturelle » dans le passé. Des exemples avec les habitants des communes d’Etampes (Essonne) et de Noyers (Loiret), qui ont déjà connu à trois reprises des inondations de ce type et n’ont pas mis en place de plan de prévention, devront ainsi débourser 1 140 euros avant d’être indemnisés pour ce quatrième sinistre en cinq ans.

Ici, le focus est placé sur des communes résiliantes dont l’impact de la crue a été moins important que prévu. Retour sur l’exemple à suivre de Blois, Orléans, ou encore Romorantin. Dans la dernière, le quartier Romo 1 a été pensé pour être résilient aux inondations. Aménagement intelligent et adapté aux risques de crue, des chenaux d’écoulement des eaux ont été aménagés en amont, et les immeubles ont été surélevés. Bien que la crue a dépassé de 60 cm le niveau des plus hautes eaux connues, les logements n’ont pas été inondés. A Blois, un choix fort en matière d’urbanisme a été réalisé et tout un quartier a été rasé à titre préventif. Alors qu’il y a une dizaine d’années de ça le quartier comptait 300 habitants, aujourd’hui il ne reste que quelques occupants et cela a permis de limiter l’impact négatif de la crue. Orléans est également à l’honneur en matière de résilience une forte culture du risque : organisation de crise favorisée, activation de la cellule de crise efficace avec l’accueil des automobilistes bloqués sur l’autoroute A10, ou encore la bonne tenue avec de lourds investissements financiers des réseaux de collecte d’eau et des ouvrages d’assainissement. 

 

A travers la rédaction de ce billet nous souhaitions revenir, de manière non exhaustive, sur la couverture des médias tout au long de la crue de la Seine de ces mois de mai et juin 2016. A travers ces quelques articles, nous voulions donner un aperçu du déroulement des événements, de leurs impacts (humains, financiers, et structurels), des aides nécessaires, ainsi que des comportements adaptés en matière de résilience de quelques communes.

 

Nemours, coupée en deux par la crue
Nemours, coupée en deux par la crue. Source : Les Echos/Dominique Faget/AFP

 

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Les interrogations liées à la crue

Tandis que la décrue est amorcée dans le département du Loiret, de nombreuses questions se posent quant aux conséquences des crues du Loing et de la Seine.

Quels seront les effets de l’onde de crue sur l’aval, dans le bassin versant de la Seine, jusqu’à Rouen ? Les infrastructures industrielles, et notamment les dépôts de carburants du Havre, pourraient-ils être touchés ? Le pic de crue dans le chef-lieu de la région Normandie est prévu pour samedi.

Fortes pluies en Normandie : inondations et crue de la Seine, des inquiétudes 

La population sinistrée est-elle suffisamment préparée pour faire face à une telle crise ? Comment améliorer la prise de conscience de ce risque ?

Alors que près de 20 000 foyers étaient privés d’électricité vendredi matin dans le Loiret, le Loir-et-Cher et l’Île-de-France, les problématiques d’interdépendance entre réseaux se posent. Quels seront les délais de remise en état ? Alors qu’une déclaration d’intention a été signée suite à l’exercice Sequana 2016 afin de favoriser le partage d’informations entre opérateurs, cet événement jouera-t-il un rôle moteur ?

Inondations : la situation est « sous contrôle », dit Bouygues 

> Crue de Seine : conséquences économiques sur le secteur du numérique 

Le Pont Alexandre III, rattrapé par les eaux
Le Pont Alexandre III, rattrapé par les eaux

Le fonds Cat Nat (ou Fonds de prévention des risques naturels majeurs), créé en 1982 suite aux crues dans les vallées de la Saône, du Rhône et de la Garonne, suffira-t-il a indemniser les sinistrés ? On estime aujourd’hui à 700 millions d’euros le montant disponible au titre de ce fonds. En guise de comparaison, le coût historique des inondations survenues dans le Rhône en 2003 avait atteint 769 millions d’euros. Bernard Spitz, président de l’Association française de l’Assurance, estimait vendredi à 600 millions d’euros le coût des dommages (AFP).

Les acteurs économiques touchés disposent-ils d’assurances adaptées pour couvrir leurs pertes d’exploitation et économiques ? Cédric Benoist, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) confiait aux Échos que « les risques sont certes assurables, mais il faut compter avec une franchise de 25%. Et encore faut-il être assuré ! ».

Quel sera l’impact sur l’activité économique de la région ? Certaines entreprises rencontrent des difficultés importantes (usines d’Hutchinson à Montargis, de Shiseido dans l’Ormes, de Sanofi à Amilly ou de Pierre Fabre à Château-Renard. Quel est l’état des Plans de continuité d’activité de ces entreprises et plus généralement des entreprises situées en bordure de fleuve ?

Inondations : pourquoi l’Île-de-France se retrouve les pieds dans l’eau 

Quel sera le coût de la remise en état pour les communes alors que le déblocage d’un fonds de soutien de un million d’euros a été annoncé par la région Île-de-France ? Le département de Seine-et-Marne a quant à lui évoqué la possibilité de débloquer 600 000 euros d’aides.

Sartrouville est sur le pied de guerre

Quel sera l’impact sur le secteur du bâtiment étant donné les besoins en matière de réhabilitation ? En période estivale, les entreprises du secteur seront-elles en mesure de répondre à la demande des sinistrés ?

 

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Feux de forêts et département du Gard

Situé dans dans le bassin méditerranéen, le département du Gard est exposé à un certain nombreux d’aléas naturels, dont les feux de forêts. Très boisé, la forêt représente 248.000 ha d’après l’Inventaire forestier National, soit 42 % de sa superficie (en progression de 13 % entre 1993 et 2000). Avec un climat sec et très peu pluvieux lors de la période estivale, le département, d’une superficie de 5 853 km2 pour 733 201 habitants, est fortement exposé aux incendies pendant ces quelques mois de mobilisation générale des effectifs de la Sécurité Civile. Parmi les sinistres majeurs qu’a connu le département, nous pouvons citer le feu de forêt du massif du Rouvergue (1985, 4 000 ha), le feu des garrigues (1989, 1 000 ha), ainsi que le feu du bois de Lens (1990, 2 000 ha). Face à l’importance du risque feux de forêts dans le département, le Conseil départemental du Gard a établi en 2013 un guide des « bonnes pratiques » à adopter face aux feux de forêts qui est destiné aux citoyens.

Le document à plusieurs vocations, affirmer les règles à respecter pour prévenir le feu, ainsi qu’en cas d’incendie, présenter les gestes qui protègent et qui parfois peuvent sauver. Au-delà de préserver un patrimoine environnemental exceptionnel, et de préserver les enjeux humains denses et disséminer à travers la végétation, le document se veut comme un outil informatif et préventif. Il se présente en plusieurs volets, de la responsabilité de chacun, à que faire face à un incendie.

  • « Votre responsabilité est engagée »

. Lorsque vous laissez la végétation pousser : débroussailler est une obligation légale qui indispensable à la non-propagation du feu. Les dispositions à respecter sont définies par le code forestier, ainsi que l’arrêté préfectoral en vigueur.

. Quand vous allumez un feu : votre responsabilité est engagée chaque fois que vous allumez un feu, y compris une simple cigarette.

  • « Ce que dit la réglementation »

Vous retrouverez dans ce volet toutes les informations légales qui concernent le débroussaillement, en zone urbaine et non-urbaine, les cas particuliers, les règles de l’emploi du feu, ainsi que l’incinération des végétaux.

  • « Se Renseigner »

De nombreux liens sont disponibles dans cette rubrique afin de permettre aux citoyens de s’informer auprès de différents services (SDIS, DDTM…).

  • « Que faire face à un incendie »

 Nous retrouvons les numéros des services à contacter lors d’un feu de forêt ainsi que les informations à préciser lors de la prise de contact (lieu du sinistre, nature de la végétation, habitations menacées…).

L’information préventive des populations demeure l’une des armes les plus efficaces pour faire face aux risques naturels, dont les feux de forêts. C’est pour cela qu’au travers de cet article nous souhaitions illustrer la bonne pratique du Conseil départemental du Gard en matière de prévention et sensibilisation.

– Document sur les bonnes pratiques à adopter en cas d’incendie

Source : Conseil départemental du Gard
Source : Conseil départemental du Gard
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