Crue de la Seine, crue médiatique .. Mais qu’y a-t-il que nous ne voyons pas dans tous ces reportages ?

Deux jours entiers de BFM TV sur la crue de la Seine, les téléspectateurs sont inondés, c’est pour ceux qui travaillent à un titre ou un autre à la résilience des organisations et à la préparation des populations une bonne chose, même s’il faut prendre garde à ne pas saturer le créneau. En effet, cela sensibilise les populations à ce risque extrêmement conséquent, notamment en termes de désorganisation sociale et de coûts économiques (15 à 30 milliards de coûts directs et le double en indirects) et trop souvent oubliés de la majeure partie de la population francilienne, à l’exception de ceux qui vivent près du fleuve… Ce n’est pas non plus une campagne de publicité payée par l’État ou les communes.. Donc tout le monde peut se faire un peu de pub, et pourquoi pas.. C’est très bien…

Et, je dois avouer qu’à la vue de l’ensemble des reportages, tout se passe à peu près bien… les salles de crise sont opérationnelles… Tous les services de l’État, des départements, des villes et communes sont mobilisés et tout se passe relativement bien… même si certains nous expliquent que si c’était la « vraie crue » cela ne se passerait pas de la même manière Néanmoins, le sentiment général est que « nous savons faire », même si tout n’est pas parfait….

Or, cela n’est absolument pas vrai, l’ensemble des salles opérationnelles parisiennes et gouvernementales sont dans des zones inondables et seraient inopérable en cas de crue majeure (1901). C’est vrai pour les salles de commandement et de crises de la Préfecture de Police, de la Mairie de Paris, du Centre de crise du MAE, du Centre de crise de Bercy (COBER), du CPCO à Balard (mais ce dernier a semble-t-il été conçu pour opérer malgré cela), et même de la CIC, place Beauvau… toutes sauf une en sous-sol. Certes, des plans de continuité existent, quelques déménagements sont prévus (souvent pas ou peu tester) mais dans des modes tellement dégradés que l’on ne voit pas, face à un niveau de sollicitation extrême, comment ces salles opérationnelles pourraient remplir leurs fonctions. De même, au plan économique, combien d’entreprises ont réellement des plans de continuité d’activité à jour pour faire face à la crue de la Seine ? Je ne connais pas de statistiques disponibles à cet égard, mais je serais surpris que cela dépasse 5 % sur l’ensemble des entreprises de l’Île-de-France. De même combien de communes d’ile de France ont leur Plan Communal de Sauvegarde fait, à jour et complet ?

Car, le rapport de l’OCDE paru cette semaine le dit bien : Globalement depuis quatre ans une prise de conscience a été entreprise, mais force est de constater que les résultats ne sont pas là : les décisions concernant les grands investissements d’aménagement ne sont pas prises, la planification n’a pas beaucoup évolué, les dispositifs de gestion de crise ne seraient pas toujours opérationnels au niveau il conviendrait (cf Page 15 du rapport OCDE), compte tenu de la nature de l’événement… les plans post-crise de reconstruction de réaménagement n’existent pas.

Les effectifs des personnes en charge de la planification à la zone de défense de Paris n’ont pas beaucoup évolué, en tout cas, nous sommes très loin de l’effort en regard des enjeux. Seuls les grands opérateurs, qui ont compris les enjeux et leur responsabilité, commencent à investir de manière notable sur la réduction de vulnérabilité de leurs réseaux et améliorent de manière continue leurs dispositifs de gestion de crise.

Or les enjeux sont majeurs: tout d’abord les enjeux olympiques, que deviendrait la candidature de Paris si au printemps 2024 la crue centennale frappait Paris ? – Les enjeux économiques, entre 30 et 60 milliards, un poids énorme sur les finances publiques nationales, et une attractivité « Parisienne » serait perdu pour plusieurs mois voire plusieurs années..

Il faut donc réaliser un vrai programme pour faire face à la vraie crue (la centennale ou la millénaire), ce qui n’est aujourd’hui pas fait, et je dirais même pas prévu, aucune déclaration politique n’est venue du plus haut niveau de l’État depuis cette première crue du quinquennat.

Certes, Paris a rejoint le club des 100 villes résilientes de la Fondation Rockfeller, c’est un beau coup de pub, cela permet aussi de financer le poste de « chargé de résilience de la Ville de Paris », et de donner aux associés (les grands cabinets US) de la fondation Rockfeller la possibilité de réaliser une belle opération de « Social engineering » (comme le disait M. Christian Harbulot, directeur de l’école de guerre économique, lors de notre dernier petit-déjeuner)… mais cela ne fait pas une politique.

Où sont les structures et les investissements pour accroître la résilience et la réduction des vulnérabilités d’une région comme l’ile de France, ne faudrait-il pas un vrai pilote pour coordonner et prioriser les investissements qui manquent aujourd’hui ? Et ce, tant en termes de finances, que de lisibilité entre réduction de vulnérabilités, prévention, préparation, gestion de crise et de post- crise. Nous pourrions nous inspirer fortement de nos amis hollandais, qui eux savent faire la péréquation entre risques et enjeux, au niveau adéquat.

Cette crue 2018 (décennale ou trentenale) est à la fois un exercice grandeur nature profitable à tous, en espérant qu’une « plus violente » n’intervienne pas d’ici quelques semaines, mais elle doit surtout nous interroger, sur notre capacité réelle de prendre en compte les événements majeurs en rapport avec les enjeux, et ne pas toujours jouer sur la Com… un jour cela ne suffira pas.

Christian Sommade – Délégué Général du HCFDC

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