Intempéries et catastrophes du Var : un éclairage sur les causes profondes pour les nuls

Une nouvelle fois, la Nature a encore frappé et démontré qu’elle faisait toujours ce qu’elle voulait. Mais les forces naturelles ne sont pas seules responsables car les conséquences de ces intempéries historiques sont en majeure partie imputables à l’humain. En effet, ces phénomènes extrêmes dont la fréquence s’accentue probablement avec le réchauffement climatique, voient leurs effets amplifiés par l’artificialisation et l’érosion des sols ainsi que l’accroissement démographique continue depuis près de 30 ans sur cet arc méditerranéen. De plus les politiques de prévention très contraignantes pour l’urbanisme et le développement local sont peu appliquées voire contournées compte tenu de la pression immobilière induite par l’immigration massive dans cette région.

En attendant une réelle prise de conscience par les élus et les citoyens, le gouvernement va s’empresser de décréter l’arrêté de catastrophe naturelle afin de permettre aux victimes d’engager les procédures d’indemnisation. Les réparations et les reconstructions se feront probablement à l’identique voire même avec un bétonnage augmenté pour s’assurer, lors du prochain épisode, d’une protection totale ! et ce, sans estimer que cette canalisation nouvelle de l’eau accentuera la formation de ces vagues soudaines et tueuses…à La Londe, ce week-end, elle était de 1,5m, la prochaine fois, elle sera de 2 m.

Retour sur les intempéries de cette mi-janvier 2014

Depuis jeudi dernier, des pluies violentes et continues ont touché la région Provence Alpes Côte d’Azur. De nombreux cours d’eau sont sortis de leur lit, sur des sols totalement saturés d’eau (voir notre bilan hydrologique du 1er janvier), et ont submergé des communes. Ces inondations ont fait deux morts et d’énormes dommages chez les particuliers, les entreprises et les agriculteurs.
inondations var janvier 2014

evacuation hyeresDes témoins racontent qu’à Hyères, La Londe les Maures, Pierrefeu ou Bormes-les-Mimosas, d’énormes vagues de plus d’un mètre se sont formées en quelques minutes et ont envahi les rues et les maisons, emportant voitures, arbres et mêmes poids lourds. A La Londe des Maures, le niveau de l’eau a atteint cinq mètres dans certaines maisons et emporté plus d’un millier de véhicules. De nombreuses routes inondées se sont effondrées sur des dizaines de mètres.

A Hyères, le Gapeau, petite rivière qui traverse la ville, est montée de 3 mètres en quelques heures pour dépasser son niveau historique de 1999 avec 2,64 m et atteindre les 3,05 m.

Dans le cadre de son plan communal de sauvegarde, le maire, Jacques Politi, avait fait évacuer dès samedi soir le quartier sensible de l’Oratoire. Depuis lundi matin, la décrue est engagée, mais la vigilance orange pour trois cours d’eau (l’Argens, le Gapeau et le Nartuby) reste maintenu par Météo France.

Les causes profondes de ces catastrophes

Au delà du caractère « naturel et historique » des intempéries qui viennent de s’abattre à nouveau sur la région PACA, il faut s’interroger sur les causes profondes de ces catastrophes,  trop souvent mortelles,  et aux dommages de plus en plus importants à savoir :

  • le réchauffement climatique qui engendre un accroissement de la fréquence des événements extrêmes,
  • l’artificialisation des 60 km du littoral méditerranéen depuis 30 ans,
  • l’érosion et l’imperméabilité des sols dus à la disparition des espaces naturels,
  • la forte croissance démographique de ces régions depuis une les années 1970,
  • la faiblesse des politiques de prévention.

1 – réchauffement climatique

Les modifications des fréquences des événements extrêmes tels que les sécheresses,
les canicules, les pluies intenses, sont parmi les conséquences probables du changement climatique. Les projections climatiques régionalisées réalisées dans le cadre du projet Euro-Cordex, rendues publiques en décembre dernier, confirment un accroissement de la fréquence des événements extrêmes : pluies intenses, vagues de chaleur et périodes de sécheresses. En France, les projections climatiques font apparaître des précipitations plus abondantes en hiver, et des périodes sèches estivales plus nombreuses, notamment dans le sud du pays.

L’animation ci-dessous donne une idée de l’évolution depuis 1958 de la couverture de la France en mesures pluviométriques quotidiennes.

evolution precipitations

2 – L’artificialisation des 60 km du littoral méditerranéen depuis 30 ans

En octobre 2013, en réponse à une question du Sénateur du Jura, Gérard Bailly, sur la multiplicité des inondations dans notre pays, le Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie notifiait que « la cause principale des inondations réside dans l’artificialisation des sols et les modes de production agricole favorisant le ruissellement ». Et cette artificialisation augmente plus on se rapproche du littoral avec 66 % des surfaces artificialisées à moins de 30 km du littoral comme le montre cette illustration.

PACA_artificialisation

artificialisation_littoralEn, région PACA, ce niveau d’artificialisation du littoral est très élevé et a augmenté anarchiquement ces dernières années. Les zones urbaines, industrielles, réseaux de communication et espaces verts recouvrent 13 % des communes littorales, soit 2,7 fois plus que la moyenne métropolitaine. Cette part monte à 27 % à moins de cinq cents mètres de la mer. Les terres agricoles et les milieux naturels, insérés dans des territoires urbains, se maintiennent difficilement alors qu’ils participent à l’équilibre de l’aménagement du littoral. Enfin, le développement de l’habitat sous forme diffuse ou discontinue représente à lui seul 66,5% des surfaces artificialisées entre 1999 et 2006, plus particulièrement dans les Bouches-du-Rhône et le Var.

3 – l’érosion et l’imperméabilité des sols

La disparition des talus et des haies, le recul des prairies et l’urbanisation sont autant de facteurs qui diminuent la perméabilité des sols et aggravent l’érosion. L’urbanisation et la construction de nouvelles infrastructures (routes, parkings, centres commerciaux…) grignotent chaque année 60.000 hectares d’espaces naturels ou agricoles, engendrant une imperméabilisation croissante des sols français. L’érosion est à l’origine de spectaculaires coulées de boues pouvant causer des dégâts importants aux infrastructures et aux habitations comme ce fut le cas ce week-end par exemple à Menton.

4 – L’évolution démographique

Attirés par le climat paradisiaque de la côte d’azur, riches et pauvres, actifs et retraités sont arrivés en masse sur l’arc méditerranéen depuis une trentaine d’années. Dans le Var, la population permanente a plus que doublée en 40 ans, sans oublier un quadruplement voire un quintuplement dans certaines communes durant la période estivale. Aussi, quand on entend un habitant de la Londe nous dire, d’un point de vue météorologique, « je n’ai pas vu cela depuis 1968 », il n’intègre probablement pas le fait que la population a doublé et que le nombre de logements a lui triplé.

evolution demographique varDe plus ,  cette afflux de population se concentre sur une faible partie du territoire.

concentration population

5 – Politique de prévention

La politique de prévention des risques majeurs s’appuie entre autre sur les plans de prévention des risques et le Dicrim , voire le plan communal de sauvegarde dans son volet anticipation et planification. Ce dernier est logiquement un continuum du Dicrim.

Les plans de prévention des risques (PPR) ont pour vocation de maîtriser l’aménagement du territoire, en évitant d’augmenter les enjeux dans les zones à risque et en diminuant la vulnérabilité des zones déjà urbanisées. Ils constituent l’instrument essentiel de l’État en matière de prévention des risques majeurs. L’objectif de cette procédure est le contrôle du développement dans les zones exposées à un risque. Aussi, la cartographie ci-dessous nous montre un réel retard de la région PACA dans l’approbation des PPR inondation.

PPRi_mediterranéeDans le Var, sur les 153 communes soumises à des risques d’inondation, à des degrés plus ou moins importants mais certain au vu du dérèglement climatique, au 1er janvier 2014, moins de 30% ont un PPR inondation prescrit et sur ces 43 communes, il n’ y a que 25 PPRi d’approuvés  (Source gaspar).

Concernant l’information et le développement de la conscience du risque auprès de la population qui se traduit par la réalisation d’un dossier d’information communale sur les risques majeurs (DICRIM), elle reste peut développer au regard du nombre de documents réalisés. (voir illustration ci-dessous).

Dicrim arc méditerranéen

On peut par ailleurs estimer que le nombre de PCS réalisé est relativement, compte tenu que l’élaboration de ce plan intervient après celle du Dicrim. Je vous invite à relire un article de décembre qui dénonçait le retard du Var affiche dans ses dispositifs de secours et de sauvegarde.

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Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

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