La sécheresse et la canicule menacent-elles le bon fonctionnement des centrales nucléaires

Dans une note d’information du 18 Mai 2011, il y a plus d’un an, alors que la France était confrontée à un début de sérieuse sécheresse, l’ASN précisait qu’en cas de sécheresse et de canicule, les exploitants des centrales nucléaires doivent être en mesure de faire face à la perte totale ou partielle du refroidissement liée à une diminution du niveau et du débit d’eau dans les fleuves, ainsi qu’à l’élévation de la température ambiante dans les locaux contenant des équipements importants pour la sûreté.

Fort du retex des canicules et sécheresse de 2003 et 2006, l’ASN avait demandé à EDF de réévaluer les dispositions de protection des installations vis-à-vis des températures extrêmes et de la sécheresse ; d’apporter des modifications techniques pour améliorer la capacité de refroidissement et renforcer la résistance des matériels sensibles aux températures élevées ; de mettre en place des dispositifs d’alerte permettant d’anticiper l’évolution des températures et du débit d’eau des fleuves.

Risques de pénurie… voire d’accidents nucléaires

Toutefois, il ne faut négliger et les étés 2003, 2005 et 2006 l’ont démontré, que la sécheresse ou la canicule peuvent contraindre EDF à arrêter de nombreux réacteurs, avec un risque de un black-out électrique. Un accident nucléaire grave est aussi possible : même arrêté, un réacteur doit être refroidi et une fusion de coeur peut se produire si le débit d’une rivière est trop bas pour assurer ce refroidissement minimal.

En mai 2011, plusieurs centrales étaient menacées par un manque d’eau dans les rivières. Il s’agissait principalement des centrales nucléaires de Golfech (Tarn-et-Garonne, deux réacteurs), Civaux (Vienne, deux réacteurs), Belleville (Cher, deux réacteurs), Dampierre (Loiret, quatre réacteurs), Saint-Laurent (Loir-et-Cher, deux réacteurs), Chinon (Indre-et-Loire, quatre réacteurs), Chooz (Ardennes, deux réacteurs), Cattenom (4 réacteurs), soit 22 réacteurs au total.

Pour mémoire, 44 des 58 réacteurs nucléaires français sont en bord de rivières : seuls les 14 situés en bord de mer sont à peu près assurés de pouvoir être refroidis correctement cet été.

Risques de pollutions chimiques

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les centrales nucléaires rejettent continuellement dans les rivières d’immenses quantités de produits chimiques (zinc, phosphore, sulfates, sodium, chlorures, morpholine, cuivre, etc). En temps ordinaires, ces rejets sont déjà problématiques pour l’environnement, voire pour la santé publique. Ces risques sont aggravés l’été du fait du moindre débit des rivières. Et le problème est démultiplié en cas de sécheresse : ces produits chimiques sont rejetés dans des rivières au débit très faible, causant de fait de graves pollutions chimiques.

Situation de la sécheresse au 15 août 2012

Trente-neuf départements sont concernés par des restrictions d’usage de l’eau, dont dix-neuf, principalement dans le Sud-Ouest, sont touchés par une interdiction de tout prélèvement non prioritaire, a annoncé jeudi le ministère de l’écologie. L’Aquitaine, Poitou-Charentes, le Centre, mais aussi une partie de Midi-Pyrénées sont les régions comptant le plus d’arrêtés limitant les prélèvements aux domaines prioritaires (eau potable, santé, sécurité). L’Ile-de-France est également touchée. Le département de Seine-et-Marne est notamment en « crise » (interdiction totale de prélèvements non prioritaires, y compris agricoles par endroits), l’Essonne est en « alerte renforcée ».

Selon Météo France, bien que la première moitié de juillet ait été pluvieuse par endroits, le cumul de précipitations reste inférieur aux normales de 50 à 75 % sur l’est des Côtes d’Armor, du Pays basque au sud de la Gironde et sur le nord-ouest de Midi-Pyrénées. Dans les Pyrénées-Orientales, la région PACA et la Corse, le déficit peut atteindre localement 75 à 100 %. Toutefois le bilan à la mi-août n’est pas des plus sévères, avec trente-neuf départements touchés par des mesures de restriction, contre soixante-neuf à la même date en 2011.

L’hiver et le printemps ont été assez secs, mais les pluies tardives ont permis de retrouver une situation moins inquiétante. Ainsi, les nappes phréatiques affichaient des niveaux inférieurs à la normale dans 80% des cas au printemps, un bilan ramené à 45% des nappes. Toutefois, compte tenu des prévisions météorologiques, le nombre de départements touchés devrait encore augmenter.

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Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

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