Système d’alerte de la population : déployer la technologie tout en formant le citoyen

Le 14 juin 2012, un banal test du programme de pilotage des sirènes d’alerte de la CODAH a semé la panique dans l’agglomération Havraise. Ce Jeudi soir, à 21 heures, une sirène d’alerte annonçant en principe un danger lié à un accident industriel majeur a retenti sur la ville basse, entraînant d’innombrables appels aux standards des pompiers, de la police, de la gendarmerie, et de la mairie. Pendant une petite heure, nul n’était en mesure de donner la signification de cette alerte. Ce n’est qu’à 21h45 que les autorités surent que le déclenchement de la sirène avait été provoqué par un bug informatique lié à une opération de télémaintenance effectuée quelques heures auparavant.

Pourquoi tant de panique, puisque que cette alarme sonore ne comportait qu’un seul cycle, identique à celle des essais de fonctionnement effectués chaque premier mercredi du mois, à 12h, durant 1,41 minute. Quant à l’accident industriel majeur, il est annoncé par un signal consistant en 3 cycles successifs d’une durée de 1,41 minute et séparés par un intervalle de 5 secondes.

Cet incident montre une nouvelle fois qu’il ne faut pas exclure la population de sa politique de prévention du risque et de sécurité civile, démarche qui doit s’inscrire dans une campagne de communication continue.

Et pourtant, l’agglomération havraise, forte de ses 34 sites Seveso, fait aujourd’hui figure de pilote avançé en matière d’alerte de la population. Elle a d’ailleurs, sur les bases de la doctrine Orsec*, développé son propre système baptisé « Cignale ». Cette plateforme sécurisée assure la mise en réseau des sirènes sur la communauté du Havre et œuvre à l’optimisation de la couverture sonore du territoire. Cignale vise au bon fonctionnement des sirènes et des alertes pour la mise en protection des populations. En cas d’accident industriel majeur dans une usine de l’agglomération havraise, une sirène au son modulé de trois fois 1 minute 41 secondes, espacée de 5 secondes, retentira. C’est le signal destiné à alerter les populations.

Conceptuellement, c’est le meilleur des mondes, mais comme toujours dans le monde réel, il ne faut pas oublier la dimension humaine et dans ce contexte, c’est lui qui recevra le message diffusé par cette nouvelle technologie…mais comment interprètera t-il ce signal ? si au préalable, il n’a pas été informé sur sa signification et sur les actions à mettre en oeuvre à sa réception, il activera naturellement des réflexes pavloviens allant bien souvent à l’encontre des règles d’organisation et de protection prédéfinies.

La technologie n’est pas un organisme vivant capable de mesurer l’interprétation cognitive de l’individu. C’est un dispositif artificiel qui assiste l’homme dans ses buts et qui doit être au service de l’homme et non le contraire. Cette interaction homme-machine doit d’autant être forte dans un contexte où cette technologie est développée pour assurer la protection de l’homme. En tout état de cause, l’intégration d’une technologie, même simple, dans une démarche de prévention des risques et de sécurité civile doit s’accompagner d’une formation voire d’une pratique…tu me dis, j’oublie, tu me formes, je me souviens (avec les aléas de la mémoire), tu m’impliques (tu m’exerces), je retiens.

Patrick lions
Patrick Lions - directeur Information sur les risques majeurs - CODAH
Pour Patrick Lions, directeur Information sur les risques majeurs à la communauté de l’agglomération havraise que nous avons reçu lors du cinquième module de la session nationale 2012 « Résilience et Sécurité Sociétales » dédié aux risques technologiques majeurs, « Il faut améliorer la communication et mieux informer encore la population ». Il faut travailler sans cesse sur la culture du risque et l’éducation aux comportements de sauvegarde. Présentement, Patrick Lions invite la population havraise à se rendre sur le site de l’Office des Risques Majeurs de l’Estuaire de la Seine pour écouter le signal et (re)lire les consignes de sécurité à suivre.

*Depuis fin 2011, la Direction de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises a engagé un vaste chantier de refonte du système d’information et d’alerte de la population (SAIP) qui devrait coûté près de 22 millions d’euros. Ce nouveau SAIP s’articule prioritairement autour d’un réseau de sirènes électroniques qui reprend l’ex réseau national d’alerte et intègre les sirènes des sites industriels soumis à PPI.

Share Button

Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*