Mesures de sécurité dans les écoles : les interrogations

À l’heure de la rentrée des classes, le deuxième baromètre Fiducial de la Sécurité d’Odoxa révélait que 57% des 995 personnes interrogées estimaient que les établissements scolaires sont mal sécurisés. À cette occasion, passons en revue quelques interrogations posées par les consignes de sécurité applicables dans les établissements scolaires, publiées par le ministère de Najat Vallaud-Belkacem le 24 août dernier.

Un coup supplémentaires au budget des collectivités

La première source d’interrogations provient des moyens qu’appellent aux mesures évoquées. Ainsi, nombre de dispositions nécessitent une mobilisation des établissements, et donc un financement de la part des collectivités. C’est notamment le cas des formations aux premiers secours pour les enfants ayant un mandat d’élu. Celles-ci seront mises en œuvre « en fonction des modules proposés par l’établissement » et sur demande de l’enfant.

De même, le gouvernement s’en remet largement aux collectivités pour ce qui concerne les aménagements aux abords des établissements. 50 millions d’euros devraient être ajouté au Fonds interministériel de prévention de la délinquance pour aider les communes les plus en difficulté à s’équiper. Pour autant, cette somme ne suffira pas à aider toutes les communes pour qui les problématiques budgétaires sont de plus en plus complexes. Le Maire de Montpellier Philippe Saurel confiait ainsi à la Gazette des Communes « Au regard des charges qui incombent aux collectivités que nous administrons et réduisant actuellement considérablement les marges de manœuvre, je sollicite une aide importante et adaptée à la mise en place de l’ensemble de ces mesures. » Selon lui, entre la surveillance et les contrôles à l’entrée des établissements et les investissements, la Ville de Montpellier devrait recruter 300 agents à l’année.

Quid de la formation des équipes enseignantes ?

Dans un contexte de surenchère sécuritaire, la question de la formation des équipes enseignantes reste en suspens dans nombre de municipalités. Le syndicat SE-UNSA dénonce ainsi l’impuissance des personnels face à l’injonction d’organiser des exercices de mise en sûreté dans les écoles. Entre rigolade et angoisse, les élèves, surtout les plus jeunes, risquent de ne pas saisir l’enjeu de tels dispositifs. Les formations à destination des chefs d’établissement et des référents sécurité de l’Éducation nationale, mais les instituteurs et professeurs restent peu concernés.

Nice : bonne élève malgré elle

Suite à l’événement tragique qu’elle a subit le 14 juillet dernier, la Ville de Nice, membre du label Pavillon Orange, a décidé de se mobiliser. Ainsi, la municipalité a listé dix mesures pour renforcer la sécurité aux abords des établissements scolaires, parmi lesquelles la création d’une salle de vidéosurveillance au sein du CSU, le présence de policiers ou agents de sécurité dans les écoles, la formation des gardiens ou encore l’installation d’alarmes anti-intrusion et de caméras de vidéosurveillance dans l’ensemble de ses établissements.

Soulignons toutefois la réactivité des ministères de l’Intérieur et de l’Éducation. Les guides mis à disposition des chefs d’établissements et des parents d’élèves donnent des pistes intéressantes pour l’organisation des exercices préconisés et la communication à destination des enfants, y compris des plus jeunes. Notre seul regret est qu’il s’agit d’une poignée de guides supplémentaires, loin de répondre aux nombreuses interrogations et attentes des équipes enseignantes et des parents. L’éclosion d’une « nouvelle culture de la sécurité » nécessitera du temps, un réel engagement en faveur d’une éducation citoyenne et enfin des financements…

infographie minEducNat

Bibliographie :

– « Sécurisation des écoles : les élus locaux s’inquiètent de la facture », Sylvie BROUILLET, La Gazette des Communes, – « Les Français sceptiques sur la sécurité des écoles », Laura BONNEMERE, Le Journal des Femmes, 1er septembre 2016, lien
– « Rentrée des classes : l’école en première ligne face à la menace terroriste », Mattea BATTAGLIA et Julia PASCUAL, Le Monde, 24 août 2016, lien
– « Sécurité dans les écoles : comment mener des exercices anti-attentats sans paniquer les enfants », Mattea BATTAGLIA, Le Monde, 24 août 2016, Le Monde, lien
– « Sécurité des écoles : les SMS d’alerte testés avant la rentrée ont fonctionné », Europe 1 / AFP, 31 août 2016, lien
– « Sécurité des écoles, collèges, lycées », Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, 24 août 2016, lien

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SEVESO et menaces

Le 10 juillet 1976 se produisait la catastrophe de Seveso, petite commune italienne de la région lombarde. Le réacteur de l’usine chimique Icmesa laissa s’échapper un nuage contenant de la dioxine sur toute la plaine lombarde. Depuis, l’Union Européenne a développé la directive Seveso qui imposent aux Etats membres d’identifier les sites industriels qui présentent des risques majeurs. Le niveau de prévention et de sécurité au sein de ces sites sensibles doit toujours être élevé. La première directive dite directive Seveso 1 date de 1982, et ne cessera d’être révisée depuis pour devenir en 2012 la directive Seveso 3. Aujourd’hui, le nombre d’établissements concernés par la directive sont au nombre de 1200 rien qu’en France. Focus sur menace bien réelle depuis l’attentat de Charlie Hebdo survenu le 7 janvier 2015.

Face à la menace terroriste, les industriels de 15 sites Seveso de Loire-Atlantique ont décidé dans le courant du mois de juillet 2015 de renforcer la sécurité autour des sites, comme le rappelle la revue Entreprises. Après la tragédie de janvier 2015, l’Etat avait déjà adressé une note aux industriels pour renforcer la vigilance. Le clou est enfoncé après l’attentat sur le site d’Air Products le 14 juillet. Effectivement, le ministère de l’Intérieur a demandé immédiatement un renforcement des normes de sécurité sur l’ensemble des sites français. Pour faire face à une situation exceptionnelle des moyens sont déployés par les industriels, avec entre autres mesures, une accentuation de la surveillance (24/24h), un renforcement des accès aux points névralgiques tout comme à l’ensemble des sites.

Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 le journal Le Monde titrait : « Après les attentats, les mesures de sécurité sont renforcées dans les usines sensibles. » Finalement, entre janvier et novembre 2015 l’Etat n’a jamais véritablement lâché la pression sur les industriels de ces sites sensibles. Et va de nouveau accentuer son discours sécuritaire après cette nouvelle vague d’attentats. Mais comme le rappelle un industriel interrogé par le Monde, le niveau de sécurité est déjà très élevé : « On essaie d’être encore plus vigilants, mais que peut-on faire de plus ? Depuis cet été, nos sites sont déjà extrêmement contrôlés. » Le plan Vigipirate, réponse sécuritaire de l’Etat, ne pouvait quant à lui déjà plus être réévalué puisque son niveau maximal était déjà atteint.

Malgré tout cet arsenal pour renforcer la sécurité, Alain Juillet (président du Club des directeurs et de sûreté des entreprises) analyse dans la revue L’usine Nouvelle, que des failles ont pu permettre le 26 juin 2015 dans l’usine d’Air Products à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) à un prestataire de projeter son véhicule sur des bonbonnes de gaz industriels pour les faire exploser. Et que quelques semaines plus tard, le 14 juillet, deux explosions criminelles touchaient un site pétrochimique à Berre-L’Étang (Bouches-du-Rhône), sans faire de victime. Bien heureusement, depuis des normes drastiques ont été mises en place et l’Etat réfléchit à l’opportunité de classer des établissements Seveso points d’importance vitale, c’est-à-dire répondant à des contraintes de sûreté encore plus drastiques.

Bien que tout un panel de mesures soient aujourd’hui établies, les industriels et l’Etat ne peuvent que se prémunir contre toutes les formes de risques. Malgré tous les efforts consentis, le risque zéro, lui, n’existe pas.

 

– Terrorisme. Les industriels des sites Seveso s’arment face à la menace

– Après les attentats, les mesures de sécurité sont renforcées dans les usines sensibles

– Des usines à mieux protéger

Raffinerie de pétrole, un site Seveso. Source : Jacques Krabal
Raffinerie de pétrole, un site Seveso. Source : Jacques Krabal
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