Virus Zika : sa transmission est possible en France Métropolitaine

Dans un avis rendu publique fin juillet, le Haut conseil de la santé publique estime que le risque de propagation du virus Zika, transmis par le moustique tigre, est élevé dans les départements français d’Amérique et réel en métropole.

Zika_virus

(Diagnostic du Docteur Jesus Cardenas) Tout comme le virus de la dengue et le virus chikungunya , le virus Zika est transmis par les moustiques du genre Aedes. Depuis 2007, cet arbovirus, proche du virus de la dengue et de la fièvre jaune, a provoqué plusieurs épidémies dans le monde et actuellement, une épidémie importante sévit au Brésil.

Une surveillance épidémiologique recommandée

Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) préconise d’instaurer une surveillance épidémiologique car le risque de transmission du virus Zika est élevé dans les départements français d’Amérique, réel à la Réunion et à Mayotte mais aussi « dans les départements métropolitains ou Aedes albopictus (le moustique vecteur) est implanté pendant sa période d’activité de mai à novembre« .

Le HCSP préconise également la surveillance des cas d’importation en métropole et des cas groupés, ainsi que des mesures de protection  comme l’isolement ou la protection par une moustiquaire des malades pendant la période symptomatique pour éviter la dissémination des virus à d’autres moustiques qui viendraient piquer le patient.

Une maladie difficile à diagnostiquer

La maladie Zika est difficile à diagnostiquer cliniquement car les symptômes sont très proches des autres maladies provoquées par d’autres arbovirus, comme le virus de la dengue ou du chikungunya, à savoir, éruption cutanée, fièvre, conjonctivite, douleurs articulaires et musculaires.

Le diagnostic biologique est également difficile car le virus demeure peu de temps dans le sang et de ce fait son diagnostic direct est aléatoire alors que pour le diagnostic indirect, les tests présentent des réactions croisées avec le virus de la dengue.

Souvent sans symptômes mais des complications possibles

L’avis du HCSP précise que dans une proportion importante des cas (74 à 81 %), la maladie de Zika donne peu ou pas de symptômes. Cependant, des formes graves et des complications ont été identifiées, notamment des complications neurologiques comme le syndrome de Guillain-Barré . Ce syndrome a été observé notamment au cours de l’épidémie en Polynésie Française, raison pour laquelle le HCSP recommande de rechercher la maladie de Zika chez les patients présentant un Guillain-Barré.

Outre la surveillance des patients, le traitement de la maladie de Zika est symptomatique, comme pour les autres maladies provoquées par des arbovirus.

Enfin, le HCSP préconise un signalement des cas suspects d’infection par le virus Zika à la plateforme régionale de veille et d’urgences sanitaires de l’ARS (Agence régionale de santé).

Source : Avis du Haut conseil de la santé publique du 28 juillet 2015 relatif à la prise en charge médicale des personnes atteintes par le virus Zika (disponible en ligne).

Implantation de Aedes albopictus en Europe

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Grâce à des enzymes de biodégradation, les moustiques désactivent les insecticides

Alors que le moustique tigre (Aedes albopictus) poursuit la colonisation de la métropole, il serait actif dans 20 départements avec un risque d’épidémie identifiée, une étude parue dans la revue Genome Research, nous révèle que ces petites bêtes féroces qui tuent plus de 800 000 personnes chaque année dans le monde, ont la capacité génétique de résister aux pesticides.
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Selon le portail de signalement du moustique tigre, cet insecte est « très facile à identifier grâce à ses rayures noires et blanches présentes sur le corps et les pattes ». « C’est un moustique de petite taille (plus petite qu’une pièce d’un centime d’euro) ne dépassant pas 1 cm d’envergure ». Pour Alain-Michel Bea, entomologiste, il n’y a « pas vraiment de distinction avec les autres moustiques, sauf que le moustique tigre est plus à risques ». Ce moustique « presque exotique » peut en effet être vecteur de « maladies qu’on ne connaît pas », en plus du chikungunya et de la dengue. Entre mai et juin 2015, l’Institut de veille sanitaire a recensé 168 cas suspects concernant ces maladies, dont 29 ont été confirmés.

Les moustiques désactivent les composés toxiques des insecticides

Les moustiques (leurs gènes, plus précisément) font l’objet d’une étude parue le 23 juillet dans la revue Genome Research (lien en anglais). Une quinzaine de chercheurs (CNRS, IRD, Institut Pasteur de Guyane…) ont mis en évidence la responsabilité de quelque 800 gènes dans le développement des mécanismes de résistances chez les insectes amateurs de sang.

Grâce aux nouvelles technologies de séquençage ADN (dit « haut débit »), ces chercheurs ont constaté la présence massive de certains gènes chez les moustiques résistants. Ces mêmes gènes codent pour des « enzymes de biodégradation » : des protéines qui permettent d’inactiver des substances toxiques et rendent ainsi les moustiques résistant aux insecticides.

Pour Jean-Philippe David, chercheur au CNRS « Les moustiques (les insectes en général) ont hérité d’une espèce de boîte à outils acquise lorsqu’ils ont colonisé le milieu terrestre. A force de rencontrer des plantes qui se défendaient en produisant des molécules toxiques, ils se sont défendus à leur tour en produisant ces enzymes de biodégradation. Ils ont donc un certain bagage qu’ils réutilisent pour s’adapter aux insecticides. Quoi qu’on invente, ils essaieront toujours de résister aux traitements utilisés. »

Face à cette mutation des moustiques, quelles stratégies alternatives ?

La résistance aux insecticides est un problème mondial. En effet, il existe un nombre limité de solutions alternatives à l’usage des insecticides chimiques. Avec la découverte de ces nouveaux marqueurs génétiques de la résistance, les chercheurs espèrent pouvoir détecter ces phénomènes de manière plus précoce, les analyser, les cartographier et s’y adapter.

Limiter sa prolifération

Guide_moustique_ARSLe moustique tigre se développant en quatre étapes (œuf, larve, nymphe et adulte), il faut tenter de limiter sa prolifération dès sa naissance. Les larves de moustiques ayant besoin d’eau stagnante pour se développer, il faut supprimer toutes les zones d’humidité possible dans un jardin (voir guide ministère de la santé). En premier lieu, supprimer les eaux dites « dormantes » (détritus, encombrants, bâches plastiques, pneus usagés, déchets verts), où ces insectes aiment venir se reproduire. Il est nécessaire de changer l’eau des plantes une fois par semaine, de supprimer les soucoupes des pots de fleurs, ou de remplacer l’eau des vases par du sable humide. Il ne faut pas hésiter non plus à vérifier régulièrement le bon écoulement des eaux de pluie et des eaux usées et à nettoyer régulièrement gouttières, regards et caniveaux.

Enfin, il est conseillé de couvrir les réservoirs d’eau (bidons, citernes, bassins) avec un voile moustiquaire ou un simple tissu ainsi que les piscines hors d’usage. L’eau devra être évacuée ou traitée par de l’eau de javel ou des galets de chlore.

Tous nos articles sur la problématique du moustique : ici

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Prévoir les épidémies en combinant télédétection satellitaire et modéle informatique de santé

En combinant dans un modèle informatique des données environnementales captées par les satellites et des informations épidémiologiques, il sera possible de prévoir plusieurs mois à l’avance certaines épidémies comme la dengue, le paludisme ou le chikungunya. En effet, certaines infections sont très sensibles à leur environnement, surtout les maladies parasitaires et, avec la télédétection via satellite, il est possible d’identifier des endroits où la maladie peut proliférer.

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Pour parvenir à ces prévisions, les spécialistes analysent certaines données captées par les satellites, comme l’évolution de la température, l’humidité des sols, l’importance des précipitations et le type de végétation. Ils associent ensuite ces éléments à des informations de santé pour constituer des cartes de propagation pour les autorités locales qui peuvent ainsi déployer très en amont des mesures de contrôle et des stratégies visant à minimiser l’impact de cette maladie.

La clé de cette approche est de comprendre l’écologie et la dynamique de la transmission. Les épidémiologistes ont découvert dans le cas de la fièvre de la vallée du Rift que chaque fois qu’il pleuvait et que les habitations étaient inondées, cela faisait éclore des oeufs de moustiques contenant le virus. Pour la dengue en Afrique, la sécheresse accroît l’habitat de reproduction des moustiques près des populations humaines et les températures chaudes augmentent la transmission de l’infection. Et ces connaissances sont un préalable obligatoire avant de pouvoir utiliser les autres données satellitaires.

Le dispositif a été présenté à l’occasion de la conférence annuelle de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), qui s’est tenue du 14 au 15 février à San José, en Californie par Archie Clements, directeur de la faculté de santé publique de l’université nationale australienne à Canberra.  Pour Kenneth Linthicum, directeur du Centre d’agriculture médicale du ministère américain de l’Agriculture (USDA), cette approche a permis à ses services d’utiliser les données environnementales, particulièrement celles portant sur le changement climatique pour prédire à l’échelle du globe certaines maladies avant leur apparition.

Toutefois, l’observation satellitaire des épidémies présente néanmoins quelques limites. Pour certaines maladies, comme le paludisme et le chikungunya, les conditions de transmissions diffèrent selon l’environnement. Par exemple, en Asie de l’Est, le risque de contamination est accru s’il y a une augmentation des précipitations, alors qu’en Afrique, c’est la sécheresse qui pose problème.

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Chikungunya: la métropole peu consciente du risque d’épidémie

Malgré la grande probabilité d’une introduction du virus du chikungunya par des voyageurs venant de zones affectées – le trafic de voyageurs entre la France métropolitaine et les Antilles représente plus de 2,5 millions de passagers aériens – la prise de conscience des Métropolitains d’une transmission autochtone du virus semble relativement faible comme les requêtes sur Internet relative à la chose.

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Pourtant, du 2 mai au 4 juillet 2014, sur un total de 350 cas suspects signalés aux ARS, 126 cas importés de chikungunya et 47 cas importés de dengue ont été confirmés dans les départements colonisés par Aedes albopictus (moustique tigre). Et cette importation va se poursuivre.

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Un risque réel d’épidémie de chikungunya en France dans les mois à venir

Pendant l’été 2014, période d’activité du moustique en métropole, un grand nombre de voyageurs en provenance des Antilles va venir en France métropolitaine. Une proportion élevée de ces voyageurs sera en phase virémique au moment de son arrivée, augmentant la probabilité de survenue de cas autochtones de chikungunya dans les départements colonisés par Aedes albopictus et rendant ainsi réel le risque d’épidémie de chikungunya en France métropolitaine.

Surveillance du chikungunya et de la dengue en France métropolitaine (INVS)

Suite à la mise en évidence de l’implantation d’Aedes albopictus dans le sud de la France, le ministère de la Santé français a mis en œuvre depuis 2006 un plan anti-dissémination du chikungunya et de la dengue en métropole. En raison des similarités cliniques et entomologiques des deux maladies, un système de surveillance commun a été mis en place, comprenant un volet entomologique et un volet épidémiologique.

La surveillance entomologique mise en œuvre localement par différents opérateurs publics de démoustication, est assurée grâce à des pièges pondoirs installés le long du littoral méditerranéen et à l’intérieur des terres sur le réseau autoroutier.

La surveillance épidémiologique a pour objectif de prévenir ou limiter l’instauration d’un cycle de transmission autochtone du chikungunya et de la dengue. Elle repose sur trois composantes :

  1. la déclaration obligatoire (DO) des cas confirmés par le laboratoire ;
  2. le dispositif de surveillance saisonnière renforcée, dans les départements colonisés par le vecteur. De mai à novembre, période d’activité du vecteur, tous les cas suspects importés doivent être signalés sans délai aux Agences régionales de santé (ARS) ;
  3. la transmission quotidienne à l’Institut de veille sanitaire (InVS), par un réseau de laboratoires, des résultats des diagnostics de chikungunya et de dengue par sérologie ou amplification génique par RT-PCR.
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