COP22 et réduction des risques de catastrophes

La 22ème Conférence sur le climat des Nations Unies, dite COP22, s’est clôturée vendredi 18 novembre à Marrakech, avec l’appel qu’ont adressé les délégués des différents pays à Donald Trump. Ils priaient ainsi  le 45ème président des Etats-Unis de ne pas briser l’accord de Paris en s’en retirant unilatéralement.

La couverture médiatique de l’événement a été moins large que lors de la COP précédente (Trump, une fois de plus). Profitons-en pour revenir sur les initiatives relevées et les moments forts organisés au sujet du “DRR”, pour Disaster Risk Reduction (réduction du risque de catastrophes).

Unbreakable, le nouveau rapport de la Banque Mondiale sur l’impact économique des catastrophes dans les pays pauvres

Intitulé Unbreakable : Building the Resilience of the Poor in the Face of Natural Disasters, ce rapport porte sur 117 pays, soit 94% de la population mondiale. Il englobe également des risques qui ne sont pas directement liés au changement climatique (les séismes par exemple).

Deux conclusions sont à retenir de cette étude :

  • Le calcul des pertes économiques communément admis est incomplet, dans la mesure où il ne comptabilise pas les pertes de consommation. Dans les pays du Sud, une perte de consommation s’avère souvent plus critique que dans les pays du Nord : elle contraint à diminuer les rations alimentaires, à réduire des dépenses de santé déjà faibles, ou bien à déscolariser les enfants. Ainsi, au lieu des 300 milliards de dollars de pertes moyennes annuelles attribuées aux catastrophes naturelles, il faudrait plutôt parler de 520 milliards.  
  • Des solutions simples et peu onéreuses existent pour venir en aide rapidement aux populations touchées par une catastrophe et réduire significativement ces pertes. Ces mesures de renforcement de la résilience permettraient ainsi de réduire de 100 milliards de dollars les pertes annuelles. À titre d’exemple, le Kenya a mis en place un système de ressources additionnelles pour près de 300 000 foyers vulnérables, créditées en quelques jours en cas de sécheresse.
Taux de résilience socio-économique (ratio perte de biens / perte de bien-être). Source : World Bank, 2017
Taux de résilience socio-économique (ratio perte de biens / perte de bien-être). Source : World Bank, 2017

“Il y a énormément de discussions sur l’ambition de l’accord de Paris en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et peut-être pas assez sur l’ambition de l’accord en matière d’impacts sur la résilience. Est-ce que les investissements sont suffisants pour réduire la vulnérabilité des pays, qui est également un objectif de l’accord ?” conclu Stéphane Hallegatte, économiste à la Banque Mondiale et auteur du rapport.

Les femmes et la résilience face aux catastrophes naturelles

Le rôle des femmes dans la lutte contre le changement climatique et la réduction des risques de catastrophes a été au coeur de nombreux débats lors de la COP22.

En effet, plusieurs études montrent que les catastrophes affectent de manières différentes les hommes et les femmes. Ainsi, 67% des victimes du tsunami de 2004 qui a touché l’Océan Indien étaient des femmes. De même, les normes sociales en vigueur dans certains pays placent les femmes en situation de vulnérabilité : revenus plus faibles que ceux des hommes, charge de travail disproportionnée, priorité donnée à la famille, rôle des femmes dans la fourniture d’eau et de nourriture à toute la famille…
Ainsi, au-delà du combat éthique pour l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes représente un enjeu pour la réduction des risques de catastrophes. L’ONU Femmes préconisent ainsi l’adoption de politiques relatives à l’égalité des sexes, l’intégration systématique de la question du genre dans les rapports sur le changement climatique et l’établissement d’un quota initial de 30% de femmes membres des délégations officielles des Parties aux réunions de la CNUCC.  

De plus, le volet dédié au genre du Global Education Monitoring Report de 2016, publié par l’UNESCO, soutient que dans les pays où les femmes accèdent à un niveau d’éducation supérieur et à des postes à responsabilité, elles font preuve d’une sensibilité particulière aux problématiques liées à l’environnement et à la résilience.

Une initiative internationale pour Anticiper, Absorber, Remodeler (A2R)

Lancée en novembre 2015, cette initiative multipartite pilotée par l’ONU a pour objectif de “rassembler toutes les bonnes initiatives dans le monde entier” visant à :

  1. Anticiper les dangers liés au climat
  2. Absorber les chocs
  3. Remodeler les voies de développement pour favoriser la résilience climatique

Ainsi, “il y a des maires locaux qui veulent essayer de protéger leurs villes et de faire en sorte que leurs citoyens soient préparés aux catastrophes, soient à l’abri des inondations. Il s’agit de travailler avec des entreprises qui examinent leurs chaînes d’approvisionnement. Il s’agit d’examiner les plans nationaux que les gouvernements adoptent pour s’adapter à l’évolution du climat”. Pour autant, il est encore difficile de trouver en quoi cette initiative va dans le sens du partage entre acteurs locaux voire entre gouvernements, dans la mesure où le projet n’a pas (encore) de visibilité pour le grand public…

Ainsi, cette COP22 était “la COP de l’action”. Elle a participé à établir un calendrier entre les signataires de l’Accord de Paris. Néanmoins, le chemin est encore long, alors même que les objectifs de mitigation semblent d’ores et déjà irréalisables. L’adaptation au changement climatique et donc la mise à l’agenda politique des questions de résilience seraient alors des démarches à la hauteur des enjeux à venir.    

 

Bibliographie :

  • Isabelle Hanne, Cop 22 : « Il y a un cercle vicieux entre pauvreté et vulnérabilité aux catastrophes naturelles », Libération, 14 novembre 2016, lien
  • Marine Lamoureux, COP22, l’impact des catastrophes naturelles sous-estimé, La Croix, 14 novembre 2016, lien
  • Unbreakable : Building the Resilience of the Poor in the Face of Natural Disasters, Stephane Hallegatte ; Adrien Vogt-Schilb; Mook Bangalore ; Julie Rozenberg. Climate Change and Development ; 2017. Washington, DC: World Bank. © World Bank,  Lien License: CC BY 3.0 IGO.
  • Avis aux médias – COP22 : ONU Femmes mettra en avant le rôle central des femmes dans la réponse aux changements climatiques, ONU Women, 8 novembre 2016, lien 
  • Marrakech : l’ONU cherche à renforcer la résilience climatique grâce à une nouvelle initiative, Centre d’Actualité de l’ONU, 15 novembre 2016, lien 
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La résilience face aux catastrophes : le mot d’ordre de l’ONU pour l’année 2015

Malgré des progrès dans la réduction de la mortalité et du nombre de personnes touchées par des catastrophes naturelles, la résilience face à ces événements majeurs sera la priorité de la troisième conférence mondiale sur la prévention des catastrophes de l’ONU.

Resilience Conference_mondiale_ONU

Il y aura dix ans ce mois-ci, les représentants de 168 États membres des Nations Unies se sont réunis à Kobe, la capitale de la préfecture de Hyogo au Japon, pour décider d’une meilleure gestion des risques suite au tsunami dévastateur de l’océan Indien, qui a coûté plus de 227 000 vies. Cinq jours durant, comprenant notamment l’anniversaire du tremblement de terre de Kobe de 1995, ils ont élaboré le Cadre d’action de Hyogo (HFA), un train de mesures visant à « réduire les pertes en vies et en capitaux sociaux, économiques et environnementaux des communautés et des pays. »

Catastrophes en cascade

Dans deux mois, les États membres de l’ONU se réuniront pour la troisième Conférence mondiale sur la prévention des catastrophes dans une autre ville japonaise synonyme de risques de catastrophe : Sendai, le centre de la région de Tōhoku, qui a le plus souffert du tremblement de terre et du tsunami de 2011 qui ont conduit à la crise nucléaire de Fukushima. A cette réunion, tous les participants auront la même question en tête : le monde a-t-il été à la hauteur des objectifs ambitieux du Cadre d’action de Hyogo (HFA) ?

Le bilan de la dernière décennie (marquée par quelques-unes des pires catastrophes naturelles recensées) est loin d’être favorable. Port-au-Prince s’est effondrée dans un tremblement de terre. L’ouragan Katrina a dévasté la Nouvelle-Orléans. La sécheresse a tué un nombre indéterminé de personnes dans la Corne de l’Afrique. Les inondations et les tremblements de terre ont touché des millions de personnes au Pakistan et en Chine. Les vagues de chaleur et les incendies de forêt ont ravagé plusieurs pays dans le monde.

Ces catastrophes nous rappellent avec violence le besoin de nous doter d’instruments comme le Cadre d’action de Hyogo (HFA), en particulier parce que les facteurs de risques de catastrophe restent nombreux : mauvaise utilisation des sols, codes du bâtiment inexistants ou mal appliqués, dégradation de l’environnement, pauvreté, changement climatique et plus grave encore, une mauvaise gouvernance par des institutions inadaptées et insuffisantes. C’est pourquoi les dirigeants du monde doivent s’entendre sur une version actualisée du HFA à la conférence de Sendai.
PCS Resilience SasaKawa_Hyogo

Un milliard de personnes touchées en moins

Il y a eu bien sûr quelques réussites importantes quoique moins remarquées au cours des dix dernières années. En Asie, où sont concentrées 80% des catastrophes mondiales, le nombre de personnes directement touchées est en baisse de près d’un milliard sur la décennie, grâce à des mesures telles que le système d’alerte rapide aux tsunamis dans l’océan Indien.
En effet, les évacuations rapides face à de grands systèmes orageux prévus avec précision ont permis aux Philippines et à l’Inde de sauver des milliers de vies l’année dernière. Et au cours des trois dernières années, la Chine a travaillé dur pour stabiliser ses pertes économiques dans sa fourchette ciblée sur 1,5% du PIB.

En outre, la Turquie devra mettre en œuvre sa prévention anti-sismique dans toutes les écoles et les hôpitaux du pays d’ici 2017. L’Éthiopie a développé un système de gestion de données sophistiqué pour aider à orienter ses efforts pour s’attaquer non seulement à la sécheresse mais aussi à d’autres risques naturels. Ces deux pays ainsi que de nombreux autres ont intégré l’étude des risques de catastrophes dans leurs programmes scolaires.

En Amérique latine, une analyse coûts-avantages en Équateur  a conclu que chaque dollar investi dans la réduction des risques de catastrophe, en éliminant les pertes récurrentes dues aux inondations et aux tempêtes, représente en fin de compte 9,50 dollars d’économies. De même, l’Union européenne estime que 1 € (1,18 dollar) consacré à la protection contre les inondations rapporte 6 € d’économies.

Au Royaume-Uni par exemple, l’investissement dans les défenses contre les inondations signifie que 800 000 propriétés ont été protégées durant les tempêtes de l’hiver dernier, ce qui a réduit de manière significative les dépenses en intervention et en réparations.

Intensifier les efforts

Mais il faut faire plus. Ces 44 dernières années, les catastrophes causées par la météo, le climat et les dangers liés à l’eau ont provoqué 3,5 millions de morts. Malgré des progrès certains dans la réduction de la mortalité liée aux catastrophes, ce chiffre reste encore beaucoup trop élevé :  selon le Centre de Recherches en épidémiologie des catastrophes , le nombre de décès liés aux catastrophes n’a pas augmenté de manière significative durant la dernière décennie, en dépit d’une légère augmentation du nombre de catastrophes.

En outre, même si la vie des gens a été sauvée, leurs moyens de subsistance ont souvent été réduits à néant. Depuis 1960 les catastrophes ont coûté au monde plus de 3,5 mille milliards de dollars. Les pays développés et en développement paient un prix énorme en termes de pertes de productivité et d’infrastructures endommagées.

C’est pourquoi lors de la prochaine conférence de l’ONU à Sendai en mars prochain, les dirigeants mondiaux doivent s’entendre sur un HFA mis à jour, pour intensifier leurs efforts dans la lutte face aux risques posés par la montée du niveau de la mer, par le réchauffement climatique, l’urbanisation galopante et la croissance rapide de la population. Seul avec un engagement politique fort au plus haut niveau peut permettre une réelle avancée vers un avenir plus sûr et plus durable.

Le soutien à un HFA actualisé ne devrait pas poser trop de problèmes. Après tout, il n’y a aucune raison convaincante ni rationnelle pour qu’un ministre des finances ou un PDG choisisse de payer pour la reprise, sans rien investir dans la prévention.

Villes_resilienceIl est temps que le monde intègre la résilience aux catastrophes dans le processus d’industrialisation et le développement urbain, en tenant compte de facteurs comme les menaces sismiques, les plaines inondables, l’érosion du littoral et la dégradation de l’environnement. Si la conférence de l’ONU débouche sur accord valide, la résilience pourrait devenir le mot d’ordre de l’année 2015 et donner le ton aux futurs accords de cette année sur le changement climatique et le développement durable, qui auront d’importantes implications sur les risques de catastrophes.

Margareta Wahlström / Sous-Secrétaire générale pour la réduction des risques des catastrophes @WahlstromM

Copyright: Project Syndicate 2015 – L’année de la résilience face aux catastrophes naturelles

 

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L’ONU veut augmenter la résilience aux catastrophes liées à l’eau

L’ONU a souligné la nécessité de mettre en place des systèmes de prévention et de coopération des catastrophes associées à l’eau, un fléau de plus en plus fréquent et qui fait bien souvent des dégâts considérables.

Les systèmes d’alerte précoce et de coopération entre les pays sont l’une des mesures nécessaires pour augmenter la résilience aux catastrophes liées à l’eau a déclaré le Secrétaire Général Ban Ki-moon dans son discours lors de la Session Thématique Spéciale de l’Assemblée Générale sur l’Eau et les Catastrophes.

Au cours de la dernière décennie, les catastrophes liées à l’eau ont frappé de manière plus fréquente mais ont également été plus graves, causant des chocs politiques, sociaux et économiques dans de nombreux pays y compris le Japon, l’Indonésie, le Pakistan, les Philippines, les Etats-Unis et la Thaïlande.

Ban Ki-moon a souligné que les pays devaient travailler ensemble pour gérer cette ressource précieuse, et a noté que l’Année Internationale de la Coopération pour l’Eau fournirait une opportunité pour les Etats de forger des partenariats qui réduisent les risques et les impacts des catastrophes associées à l’eau.

Le Président de l’Assemblée Générale Vuk Jeremic a déclaré que tandis que les catastrophes associées à l’eau avaient lieu dans le monde entier, ce sont les nations les plus pauvres qui en subissent le poids le plus lourd.

http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=44298&Cr=water&Cr1#.UTm5eTfQvpG

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