L’Aquila, Amatrice : quels facteurs de vulnérabilité ?

Le 24 août 2016, à 3h38 du matin, la commune d’Amatrice, dans le centre de l’Italie, a été touchée par un séisme de magnitude 6,2. Sept ans auparavant, le 6 avril 2009, un événement d’intensité similaire avait détruit le village de l’Aquila, à quelques dizaines de kilomètres de là.

Ainsi, quels ont été les facteurs de vulnérabilité applicables aux territoire touchés ? Ces derniers sont-ils toujours d’actualité au lendemain de la catastrophe d’Amatrice ?

 

Les services de secours, sur le terrain du matin au soir. Source : AFP.
Les services de secours, sur le terrain du matin au soir, à Amatrice. Source : AFP.

Une détection de signaux faibles pointée du doigt

308 personnes avaient trouvé la mort suite au tremblement de terre de 2009. En 2012, le juge Marco Billi condamnait six scientifiques italiens et un ancien fonctionnaire à six ans de prison pour avoir délivré des informations jugées « inexactes, incomplètes et contradictoires » à propos des secousses constatées les mois précédant la catastrophe. À l’époque, cette condamnation avait suscité l’émotion de la communauté scientifique. Nombre de ces membres redoutaient ainsi qu’au delà des responsables mis en cause, la justice s’attaque à la capacité de prédiction des sismologues. La cour avait quant à elle considéré que la caractérisation des risques avait été inadéquate, impliquant une minimisation des dangers auxquels la ville était soumise.

De nombreux scientifiques avaient alors témoigné leur soutien aux personnes mises en cause. Selon la lettre ouverte que 5000 d’entre eux avaient adressée au président italien de l’époque Giorgio Napolitano, un tremblement de terre est « foncièrement imprévisible ».

En 2015, suite au recours auprès de la Cour Suprême de cassation lancé par les avocats des accusés, les charges ont finalement été abandonnées pour six d’entre eux. Le dernier, De Bernadinis a vu sa peine seulement réduite car il avait annoncé que la population était en sécurité, et que « les secousses relevées avaient un effet positif car elles permettaient de délivrer de l’énergie, et donc de réduire la probabilité d’un séisme majeur ». Ses homologues, quant à eux, avaient seulement soutenu que ces secousses ne modifiaient pas la probabilité d’un séisme de grande ampleur.

Ian Main, sismologue rattaché à l’Université d’Edimbourg avait alors exprimé son soulagement. « Nous n’avons pas à nous inquiéter de la possibilité d’être poursuivis si nous donnons un avis à propos de séismes. Cela nous empêcherait de donner une opinion honnête ». Beaucoup de voix s’élèvent depuis pour sensibiliser au fait que l’enjeu principal de cette région à forte sismicité est « quand » la terre tremblera de nouveau, et non « si » elle le fera. Cependant, la prise de conscience demeure lente.

 

Des bâtiments encore trop vulnérables

Une autre controverse avait émergée suite au séisme de 2009. Très rapidement, plusieurs responsables de services de secours avaient souligné que les dégâts causés aux bâtiments de plusieurs villes et villages étaient très importants. Nombre d’entre eux étaient de qualité médiocre, probablement fait de sable pour certains. Un membre de l’Agence de Protection Civile italienne avait même soutenu qu’un séisme de cette magnitude en Californie n’aurait fait aucun mort. Certains bâtiments, pourtant censés résister à de telles secousses, avaient en effet subi des dommages considérables, à l’image de la nouvelle aile de l’hôpital de l’Aquila, inaugurée en 2000.

L'hôpital de l'Aquila, après le séisme de 2009. Source : tg24.sky.it
L’hôpital de l’Aquila, après le séisme de 2009. Source : tg24.sky.it

Un débat avait émergé à propos du renforcement des normes de constructions et des structures de certains bâtiments, notamment les plus anciens. Peu d’avancées ont finalement été constatées, en raison des coûts induits par ce type de travaux. Mary Comerio, présidente de l’Institut de recherche en ingénierie sismique d’Oakland en Californie, soulignait par ailleurs le fait qu’à l’Aquila, les travaux de reconstruction de tels bâtiments ont à peine commencé en raison des désaccords sur les techniques à employer.

 

Si la solidité des bâtiments et les systèmes d’alerte restent un problème, certains experts soulignent également la faible information des populations. Nos voisins italiens, au même titre que nous, demeurons trop peu sensibilisés aux bons comportements à tenir en cas de séisme.

 

 Sources : 
– Jon HAMILTON, « Despite Lessons From 2009 Quake, Buildings In Italy Remain Vulnerable », NPR, 24 août 2016, URL : http://www.npr.org/2016/08/24/491242636/despite-lessons-from-2009-quake-buildings-in-italy-remain-vulnerable
– Fiona MACDONALD, « Italy’s earthquake scientists have been cleared for good », Science Alert, 23 novembre 2015, URL :http://www.sciencealert.com/italy-s-earthquake-scientists-have-been-cleared-for-good
– Laetitia VAN EECKHOUT, « Sept ans après le séisme de L’Aquila, pourquoi l’Italie tremble-t-elle encore ? », Le Monde, 24 août 2016, URL : http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/08/24/sept-ans-apres-l-aquila-pourquoi-l-italie-tremble-t-elle-encore_4987295_3244.html#tYieycJEPbSTB4rP.99
– S.P, « Séisme en Italie : pourquoi un si lourd bilan », Le Parisien, 25 août 2016, URL : http://www.leparisien.fr/faits-divers/seisme-en-italie-pourquoi-le-bilan-est-il-si-lourd-25-08-2016-6068025.php#xtor=AD-1481423553&nli=p
– « L’Aquila quake: Italy scientists guilty of manslaughter », BBC News, 22 octobre 2012, URL : http://www.bbc.com/news/world-europe-20025626

 

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Japon, une terre de résilience

Alors que le Japon est frappé une nouvelle fois par une série de séismes depuis ce 14 avril, nous revenons sur l’emblématique système de gestion des séismes nippon. Ce modèle d’excellence, a été soumis à de rudes épreuves à de nombreuses reprises comme en témoignent les cicatrices que porte le pays. Malgré les coups répétés de la nature, les bilans humain et matériels très lourds, l’archipel continue de tenir la dragée haute et poursuit ses innovations en matière de lutte et de prévention.

En janvier 1995, le tremblement de terre d’une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter qui frappa la métropole de Kobe ne fît pas moins de 6 000 morts, pour plus de 40 000 blessés. A ce bilan humain très élevé, il faut additionner plus de 100 milliards d’euros de dégâts matériels, soit 5% du PIB japonais. Plus de 300 000 personnes se retrouvent sans-abri alors que 100 000 logements sont détruits et autant sont endommagés. Le port de Kobe, 2ème du Japon par son importance car il assure 30% du trafic maritime du pays, est grandement détruit. Cette catastrophe de grande ampleur n’empêchera pas la ville de se relever. Avec l’aide du gouvernement, Kobe met en place au moment de la reconstruction un plan novateur. Sur les ruines d’anciens quartiers seront construites de larges avenues pour mettre un meilleur accès au secours, de grandes zones boisées seront également aménagées afin de permettre aux habitants de se réfugier en cas de nouvelles secousses.

2011 est une année noire pour le Japon. Un séisme de très forte magnitude, 9 sur l’échelle de Richter, se produit le 11 mars à une centaine de kilomètres de la côte est japonaise. La secousse est telle qu’elle va générer par la déformation de la croûte terrestre des ondes de tsunami, dont la plus haute qui a touché la côte va dépasser les 30 mètres de hauteur. La région de Sendaï est fortement impactée, tout comme celle de Fukushima, dont la centrale nucléaire Fukushima Daiichi. 3 réacteurs sur les 6 que compte la centrale vont entrer en fusion et entrainer la catastrophe technologique qui va suivre. Sur l’ensemble du territoire qui est dévasté, on comptabilisait plus de 200 000 personnes, résidentes et autres, au moment où le tsunami a frappé. Le bilan définitif fait état de «seulement» 18 879 morts. A quoi doit-on un bilan humain finalement si faible ? La rapidité de réaction des autorités qui ont su informer la population du danger imminent. Certains analystes n’hésitent pas à dire que si ce drame c’était déroulé dans un autre pays le bilan aurait pu être bien plus conséquent. Cette capacité à anticiper et à sauvegarder la population, le Japon le doit également à un système d’alerte aux raz de marée perfectionné composé de capteurs en haute mer, qui a été mis en place à partir de 2007. Il permet de signaler les régions menacées du Japon dans un délais de 4 minutes après le séisme via la télévision et la radio.

En matière de résilience et d’adaptation, nous pouvons citer également le Japon comme le fer de lance des techniques d’amortissements des chocs sismiques pour les bâtiments. Ce sont plus de 2 000 grands immeubles qui sont équipés de cette innovation sur l’ensemble du territoire. Lorsque nous savons que seulement 400 autres bâtiments sont dotés de ce système dans le monde. En outre, la commune de Tokyo a mis à disposition pour la population de la métropole un manuel, plutôt exhaustif et pratique, sur l’ensemble des bonnes pratiques et des bons gestes à avoir lorsque un aléa se manifeste. Ce document est tourné vers l’aléa sismique, mais nous comprendrons aisément la volonté des autorités, d’informer et de sensibiliser face à un tel risque.

 

 Guide de prévention pour la ville de Tokyo

 

Source : Tokyo Metropolitan Government
Il était une fois… un hippopotame tokyoïte qui se préparait. Source : Tokyo Metropolitan Government
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