Procès Xynthia: interview du sénateur de Vendée, Bruno Retailleau

retailleauSelon le président du conseil général de la Vendée, le sénateur UMP Bruno Retailleau, « la responsabilité est collective ». « Je sais que toute la chaîne du risque a dysfonctionné » souligne l’auteur, avec le socialiste Alain Anziani, d’un rapport d’information du Sénat sur le drame. Il reconnaît la part de responsabilité des élus. « Quand il y a une forte demande de la population pour aller le plus proche de la mer, il y a des élus qui on pu craquer », pour qui il serait cependant injuste que l’entière responsabilité du drame aille sur leurs seules « épaules ».

Entretien avec Public Senat

Qu’attendez-vous du procès Xynthia qui s’ouvre aujourd’hui ?

J’en attends d’abord que les familles, qui ont eu des morts et dont certaines sont pratiquement anéanties, puissent avoir des explications en termes de responsabilités sur ce qui s’est passé cette nuit noire du 28 février 2010. Il faut tirer toutes les leçons de Xynthia, qui s’est transformée en drame humain, qu’on ne revoit plus de drame comme Xynthia ailleurs en France.

Plusieurs élus sont sur les bancs des prévenus. Leur responsabilité doit-elle être établie ?

Je pense qu’il y a un procès, des juges et la justice doit passer et déterminer les responsabilités des uns et des autres. Le Sénat a été en pointe sur Xynthia. Nous avons eu une mission d’information qui s’est rendue sur le terrain, a réalisé des auditions de délégations japonaises pour savoir leur organisation par rapport à la culture du risque. En 2010, en France, la culture du risque était nulle. La responsabilité était très largement partagée. Je verrais très difficilement qu’un petit maire porte sur ses épaules la responsabilité du drame. C’est au juge de le dire. Je sais que toute la chaîne du risque a dysfonctionné.

Il y avait les prévisions qui ne prévoyaient pas de surcotes en mer. On conseillait aux gens de se calfeutrer. Les messages de vigilance n’étaient pas suffisamment clairs. Les maires ont pu négliger l’alerte en pensant que c’était une énième tempête. Il y a l’urbanisme. Bien sûr, les maisons n’auraient pas dû se trouver là. Mais qu’en est-il du contrôle réalisé par l’Etat et la question des digues qu’on n’a pas entretenues ? La responsabilité est collective.

Mais comment a-t-on pu en arriver à autoriser des constructions dans des zones à risque ?

Quand on n’a pas de culture du risque, on n’a pas de conscience du risque. Et quand il y a une forte demande de la population pour aller le plus proche de la mer, il y a des élus qui on pu craquer. 80% de la population dans le monde s’agrège sur le ruban littoral ou autour des estuaires. Et tous les élus n’avaient pas les outils pour y résister. Le rapport du Sénat a montré que le dysfonctionnement s’était fait à trois niveaux : la prévision, la prévention et la protection.

Alors que Ségolène Royal déclare qu’« il faut avoir le courage de dire que 17 millions d’habitants vivent en zone potentiellement inondable », aujourd’hui, un nouveau La-Faute-sur-Mer est-il possible ?

On a fait beaucoup de progrès depuis Xynthia. On a désormais un système d’alerte de submersion marine avec Météo France qui permet de mieux prévoir. On peut avoir un message beaucoup plus clair vis-à-vis des maires. Les systèmes d’alerte, les plans communaux de sauvegarde et plans de prévention des risques tendent à se généraliser. Mais on peut avoir des défaillances encore. On a énormément de mal sur le terrain pour renforcer les digues. Le système administratif est d’une telle complexité, tout est fait pour retarder les travaux. Certains en France préfèrent protéger quelques grenouilles que la population. Sur le plan digue, il faut être en mesure de simplifier les procédures. Moins de la moitié des digues seront refaites en 2016 à la fin du plan digue décidé en 2012.

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Suivez le procès Xynthia avec les « live-tweets »

Pendant la durée du procès, vous pourrez suivre les « live-tweets » sur #Xynthia


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Tempête Xynthia : le procès s’ouvre aujourd’hui lundi 15 septembre 2014

Sept prévenus sont jugés pour « homicide involontaire » après la mort de 29 personnes à La Faute-sur-Mer en 2010. La nuit où Xynthia a frappé, Ahmed Bounaceur a vu mourir sa mère, sa femme et deux de ses enfants.

xynthia_procesCe devait être un week-end paisible. L’un des premiers que cette famille de médecins passait dans sa résidence secondaire de La Faute-sur-Mer (Vendée). Mais la tempête Xynthia a frappé dans la nuit du 27 au 28 février 2010, transformant leur maison de vacances en piège mortel. Ahmed Bounaceur a témoigné vendredi sur TF1 : « On savait qu’on allait mourir, c’est sûr. C’était l’angoisse de mort […]. Tout le monde pleurait, criait, mais on ne savait pas où aller. » Cette nuit-là, ce médecin-urgentiste assiste, impuissant, à la montée des flots. Sa mère, Yamina, son épouse, Nora, 43 ans, et deux de ses quatre enfants, Camil, 13 ans, et Ismaël, 5 ans meurent noyés. Avec 125 parties civiles, il sera auditionné dans le cadre du procès qui s’ouvre lundi aux Sables-d’Olonne. Pendant cinq semaines, la justice tentera de cerner les erreurs qui, dans cette petite station balnéaire, ont pu aboutir à la mort de 29 personnes.

Ahmed Bounaceur, qui a gardé jusqu’ici le silence, se tenant à distance des commémorations – trop douloureux -, racontera vendredi à la barre sa nuit d’épouvante. Comment, avant la catastrophe, il entend au bulletin météo télévisé qu’une tempête arrive sur la Vendée, qu’il vaut mieux ne pas sortir. Chacun va donc se coucher. Mais vers 3 heures, le père est réveillé par un sifflement. Peu après, l’eau entre dans le salon. Il réveille sa famille, et tous se réfugient sur un lit. Son épouse téléphone aux pompiers : à deux reprises, on lui conseille de rester à la maison. Mais en l’espace de onze minutes, l’eau qui lui arrivait à la poitrine monte au plafond.

Un « marchandage » de la mairie

Une conjonction de phénomènes engendrés par la tempête Xynthia a provoqué la submersion de la digue qui protégeait le lotissement Les Voiliers. Leur maison, comme celles des voisins, a été bâtie dans une zone qui aurait dû être classée rouge – inconstructible – en raison des risques de submersion. Mais l’urbanisation a finalement été possible à la suite d’un « marchandage » de la mairie – selon l’ordonnance de renvoi. Cette nuit-là, les flots engloutissent les habitations. À 3h51, Mme Bounaceur appelle pour la dernière fois les pompiers, expliquant qu’elle n’a « plus aucune possibilité d’accéder au grenier, l’eau étant arrivée au plafond ».

Entre-temps, le père parvient à sortir par la fenêtre, sous les eaux, en se cramponnant à la gouttière et à se hisser sur le toit. Là, il enlève des tuiles, rentre dans les combles et fait un trou dans le plafond. Mais dans la pièce du dessous, il ne reste qu’entre 10 et 20 cm d’air. Voyant sa fille Nadia, le médecin l’attrape. Puis il cherche les autres, en vain. Le corps de sa mère flotte dans la chambre. Celui du petit Ismaël ne sera retrouvé que quatre jours plus tard, « sous l’eau, sur la voie publique à l’arrière de sa maison ».

« La cuvette de la mort »

Aujourd’hui, cinq personnes (René Marratier, ancien maire de La Faute, deux de ses adjoints, un agent immobilier et un agent des services de l’État) ainsi que deux entreprises, sont poursuivies pour « homicides involontaires aggravés et mise en danger de la vie d’autrui ». Car l’enfer vécu par M. Bounaceur et les autres victimes soulève de nombreuses questions. Pourquoi le maire n’a-t-il pas alerté la population? Pourquoi la digue n’a-t-elle pas été correctement entretenue et surveillée? Pourquoi n’existait-il aucun plan de secours? Dans les combles, le médecin et sa fille de 8 ans ont dû attendre l’arrivée des pompiers pendant plus de trois heures. Dans le froid, le stress, au-dessus des corps de leurs proches.

La maison des Bounaceur illustre aussi le problème posé par l’urbanisation de ces zones à risques. Le père de famille assure ne pas avoir été informé, quand il a acheté son terrain, que l’emplacement se trouvait en risque de submersion, dans ce qui sera surnommé la « cuvette de la mort ». L’accusation pointe d’ailleurs le « défaut d’information », mais aussi la délivrance de permis de construire irréguliers et l’édification de maisons en violation du permis de construire en zone inondable.

 

Une affaire familiale?

Les prévenus estimeront probablement qu’ils font office de boucs émissaires, qu’ils ne pouvaient pas, à leur petit niveau, être au fait de toutes les normes applicables. Chacun, en tout cas, semblait y trouver son compte. Dans le cas des Bounaceur, par exemple, le terrain a été vendu par l’agence de Philippe Babin. Le permis de construire, délivré (en un temps record : quatorze jours!) par sa mère, Françoise Babin, adjointe à l’urbanisme. Et la maison, bâtie par l’entreprise de Patrick Maslin, également adjoint au maire.

Ce constructeur de 64 ans, par ailleurs président de l’office du tourisme, est moins connu. Le soir de la tempête, il dînait au restaurant en compagnie du maire. L’accusation lui reproche d’avoir construit la villa des Bounaceur en ne « respectant pas les règles de sécurité », en l’occurrence, le permis de construire selon lequel le plancher devait se situer « à 20 cm au-dessus de la cote de référence du projet de PPRI » (plan de prévention des risques d’inondation). Il devait donc y avoir un étage. Le père de famille en avait d’ailleurs demandé un. Mais M. Maslin a refusé…

Aujourd’hui, les cinq prévenus encourent cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. La villa du médecin a été rasée, comme environ 600 autres maisons de la Faute situées en zone dangereuse. Ahmed Bounaceur, très digne, attend du procès « qu’on sache la vérité pour finir notre deuil » et que « cet événement ne se reproduise jamais ailleurs ». Jugement attendu le 12 décembre.

Marie Quenet – Le Journal du Dimanche

Infographie

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Le procès de la tempête Xynthia débutera le 15 septembre 2014 et durera au moins 4 semaines.

Plus de quatre après la catastrophe, le procès de la tempête Xynthia débutera le 15 septembre 2014 et devrait durer au moins 4 semaines.

Les dates du procès de la tempête Xynthia sont connues maintenant depuis plusieurs semaines. Il débutera le 15 septembre 2014 et devrait s’étaler au moins jusqu’au 10 octobre.

Ce sera le « plus grand procès judiciaire de l’année en France ».

Ce sera le plus grand procès en France en 2014, le procès « Xynthia » du nom de la tempête qui a submergé dans la nuit du 28 février 2010,  les communes de la Faute-sur-Mer et l’Aiguillon-sur-Mer en Vendée et provoqué la mort de 29 personnes.

Trois ans d’enquête, des centaines d’auditions, des sinistrés, des élus locaux, des secours, des représentants de l’État ont abouti à la production d’un dossier de 22 tomes ! Les familles seront portées parties civiles, plus d’une centaine de personnes au total.

Deux personnes morales et cinq personnes physiques sont appelées à comparaître.

Le tribunal des Sables-d’Olonne qui a instruit l’affaire ne pouvant accueillir simultanément autant de personnels et auxiliaires de justice, et toutes les parties civiles (+ 130). le procès se tiendra dans le centre de congrès des Atalantes aux Sables-d’Olonne réaménagé pour l’occasion.

Le procès aura lieu du 15 septembre au 10 octobre.

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Abstention de combattre un sinistre et prise illégale d’intérêt

C’est le chef d’accusation retenu par la justice. Cinq personnes ont été mises en examen. Le maire de la commune de La Faute-sur-Mer, René Marratier, deux de ses adjoints, un promoteur immobilier local et un fonctionnaire de l’État (l’ancienne direction départementale de l’équipement).
Deux personnes morales sont également poursuivies, les deux sociétés qui ont construit les maisons dans ce que l’on a appelé « la cuvette mortifère », une zone sous le niveau de la mer, et dans laquelle les secours ont retrouvé les victimes, enfermées parfois dans leurs maisons par des volets roulants bloqués par le manque d’électricité…

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