XYNTHIA 5 ans après : culture du risque et préparation opérationnelle par le Gal Vernoux

Vernoux_photoLe rapport sénatorial, relatif à XYNTHIA 5 ans après, constate avec désolation la lenteur des actions de prévention. Il regrette le manque de culture du risque. Cette culture était pourtant acquise par les habitants d’antan. Les villes étaient construites là où les rivières ne débordaient pas et où les nappes ne remontaient pas. On ne parlait pas de zone inondable, on vivait avec. On y adaptait les cultures et le commerce.

Puis, se croyant protégé par l’ETAT et les progrès techniques, l’homme a élargi son espace de vie, encouragé en cela par une pause climatique. Des terrains où nos ancêtres n’aurait même pas construit une cabane, sont devenu des bourgs, voire des villes nouvelles avec parfois même des ZAC.

La nature a repris ses droits et les désastres tant humains que financiers s’accumulent.

Certes, il faut redonner la culture du risque à chaque habitant, à commencer par les élus. Les repères de crues sont en cela essentiels. Des cérémonies commémoratives ou autres manifestations plus ludiques permettent d’évoquer l’inondation, le feu de forêt, l’explosion en centre-ville…et ainsi de dire aux citoyens ce qu’ils devraient faire si cela se reproduisait. Et, surtout quoi faire, chacun à son niveau, pour prévenir ce type de catastrophe et s’en protéger.

Pour ne pas épouvanter leurs électeurs, certains maires préfèrent OUBLIER. Sincèrement, je pense que le citoyen d’aujourd’hui, informé de toute part, préfère savoir que ses élus lui disent la vérité et le conseillent, c’est plus rassurant.

Qui aurait pu penser, avant 2003 et ses feux de forêts hors norme, que les habitants se plieraient assez facilement aux obligations de débroussaillage ? La communication de la DDSCGC d’alors bien relayée par les préfectures a porté leur fruits.

La loi de 2004, dite de « modernisation de la Sécurité Civile » a redonné au citoyen la place qu’il avait de lui-même abandonnée sans s’en apercevoir, celle de premier acteur de sa sauvegarde et artisan de la sauvegarde collective.

Les Maires ont été investis d’une mission de proximité, que nul mieux qu’eux ne peut assurer. Ils connaissent le pays, son environnement, la population, les us et coutumes, l’histoire et la mémoire des lieux. Malheureusement, cela a été parfois perçu comme une charge supplémentaire sans moyens associés. Certains ont heureusement compris qu’il y avait là une CHARGE des plus nobles confié à l’élu de proximité et ont su non seulement avertir leur population via un DICRIM et d’autres communications (dont les repères de crues) mais aussi préparer la municipalité à se prévenir des risques puis mettre en place un système de protections, désigner des citoyens ressources, voire créer une RCSC (Réserve Communale de Sécurité Civile), former, entrainer, exercer les services municipaux et la RCSC…

Pour les guider dans un domaine où rares sont les élus formés, la DGSCGC a distribué de très bons mémento et de nombreuses associations ont apporté leurs aides. Le HCFDC a fondé le PAVILLON ORANGE (label de la sauvegarde des populations) qui est avant tout une aide offerte aux équipes municipales car son questionnaire reprend les obligations légales et les préconisations de la Sécurité Civile mais partage aussi les bonnes pratiques mises en œuvre, ci et là, par des communes de tout format et de toute nature.

Certes, la montée en puissance des dispositifs de sauvegarde est aussi lente que la prise de conscience des dangers, mais il faut admirer l’ingéniosité de certaines municipalités en la matière, qui avec des moyens accessibles réalisent des ouvrages ou procédures de qualités. Le BLOG s’en fait écho chaque mois.

C’est souvent la même chose, le mur nous parait infranchissable et nous avons d’autres occupations quotidiennes qui nous distraient. Et, puis un jour, on s’y attèle, l’on s’y prend au jeu tant l’enjeu est d’importance et on réalise des merveilles pour le bien de sa commune et la sauvegarde de sa population. On y est conforté par une constatation permanente : toute action de sauvegarde portera ses fruits. Même si l’édifice n’est pas achevé quand arrive la catastrophe, ce qui aura été fait sera là et utile.

Comme disait mon grand-père : Il n’y a plus qu’à !

Bon courage, votre labeur sera récompensé tôt ou tard. Sinon, le jour de la prochaine catastrophe, les regrets se ramasseront à la pelle…Je ne vous le souhaite pas.

Téléchargez le rapport définitif (92 pages) : Xynthia, 5 ans après

 

Share Button

Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

Une réflexion au sujet de « XYNTHIA 5 ans après : culture du risque et préparation opérationnelle par le Gal Vernoux »

  1. Bravo pour le courage de s’atteler à la perte de repère en matière de culture du risque des habitants et des élus.
    Les développements urbanistiques ou plus exactement les débordements urbanistiques sont relativement récents à l’échelle de l’histoire.
    Aujourd’hui qui aurait le courage de dire « cette zone est dangereuse, il y a risque de mort d’homme; il faut revenir à des utilisations du sols compatibles avec les risques ».
    Transformer un lotissement en zone agricole ou en espaces verts, peu ont osé le faire car ce n’est pas très compatible avec sa réélection et Xynthia 5 ans après en est un bon exemple de la pression des locaux sur le politique.
    Il en est de même pour les risques technologiques. C’est sous la pression des maires et de leurs électeurs que les PPRT avancent aussi lentement.

    Alors que l’Etat a décidé de diminuer les dotations aux collectivités territoriales, la mise en œuvre d’un plan de lutte contre le maintien d’habitants en zone de risques naturels ou technologiques devrait être un critère de modulation du montant attribué.

    Il y a du trvail pour implémenter la résilience territoriale.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*