loi « risques » : 10 ans après quel bilan

Dix années après la loi relative à la prévention des risques technologiques et naturels du 30 juillet 2003 dit loi Bachelot – votée suite à la catastrophe d’AZF du 21 septembre 2001 – le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Écologie publie un bilan synthétique.

La loi a d’abord permis de renforcer l’information des riverains, des collectivités et des salariés des entreprises à risque. Les informations concernant les installations classées sont aujourd’hui disponibles en ligne, dans une base de données unique du ministère mais toutefois non exhaustive compte tenu de l’évolution régulière des classifications.

Création des PPRT

La mesure phare de la loi de 2003 fut la mise en place des PPRT (plans de prévention des risques technologiques), qui prévoient des mesures de protection des riverains pouvant aller de la pose de doubles vitrages à l’expropriation en fonction de la dangerosité de leur zone d’implantation. Ces mesures sont, depuis peu, financées à 90% par une convention entre l’État, les collectivités et les industriels.

L’objectif du ministère, « 407 PPRT doivent être élaborés sur plus 800 communes ».

À ce jour, 99% des PPRT (soit 404) ont été prescrits, et 247 ont été approuvés.

Bilan_PPRT

Réalisation des études de danger par les gestionnaires d’infrastructures

La loi de 2003 a introduit également de nouvelles règles en matière de transport de matières dangereuses, obligeant les gestionnaires d’infrastructures à réaliser des études de danger, lesquelles sont mises à la disposition des collectivités locales par les préfectures, notamment dans le but d’y adapter les documents d’urbanisme. Dix ans après la loi, 81% des études de dangers concernant les 52 infrastructures concernées ont été remises.

En matière de risques naturels, la loi a prévu la mise en place des plans vigilance crue, qui permet de surveiller « 250 tronçons ou ensembles de cours d’eau, soit 21 000 km de cours d’eau ». Un site internet, www.vigiecrues.gouv.fr, a été mis à disposition du public en 2006 qui actualise deux fois par jour la situation des principaux bassins hydrographiques effectuée par le Service de Prévision des Crues (S.P.C.).

Consulter le bilan établi par le ministère.
Consulter la carte régionale des PPRT.
Consulter la base de données des installations classées.

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Traitement des « Décès massifs » lors d’une catastrophe

Colombe 18Les catastrophes successives que nous traversons actuellement, nous rappellent une nouvelle fois que le risque zéro n’existe pas. Qu’ils soient d’ordre naturel, technologique ou sanitaire, ces tragiques événements provoquent souvent de nombreuses victimes que les secours et les autorités doivent prendre en charge suivant des procédures précises.

En situation majeure, le plan ORSEC est activé. Cette Organisation de la Réponse de SÉcurité Civile délègue à une autorité unique, préfet ou représentant, appelé DOS (Direction des Opérations de Secours), les secours. Chaque hôpital dispose d’une copie du plan ORSEC contenant des consignes spécifique pour l’accueil des blessée, le rappel des personnels en congés, l’établissement d’un périmètre de sécurité contre les curieux, des consignes très précises et réfléchies destinées à optimiser la chaîne des secours. Ce dispositif, très complet, évite ainsi toute improvisation dans le traitement d’un événement avec des victimes.

Le plan ORSEC « Décès massifs »

La préfecture doit tenir à jour un registre des opérateurs funéraires et de leurs moyens en véhicules et personnels. Ceci inclut un comptage précis des véhicules et de leurs fonctionnalités, obtenu grâce à l’habilitation préfectorale, ainsi que le nombre de chambres funéraires et de cases réfrigérées disponibles. En annexe, figurent les « sites potentiels permanents » soit des endroits susceptibles d’abriter des corps à une température maximum de cinq degrés.

Sont également recensés des sites susceptibles de servir de chapelles ardentes. Loin du choix au hasard d’un gymnase disponible, ces sites doivent répondre à des critères précis : des salles propres, sèches et non chauffées, abritées des rayons du soleil, d’une température n’excédant pas 18 degrés, clos, accessible par route pour le dépôt de corps, et facilement accessible aux familles pour le recueillement.

L’organisation ORSEC préconise le placement de la gestion de tous ces lieux, en cas de déclenchement du dispositif, sous la responsabilité d’un opérateur unique, ou d’un ensemble d’opérateurs locaux sous l’égide d’un « plan de cohésion » définissant les tâches et responsabilités de chacun.

L’organisation de la chapelle ardente, l’évacuation des corps du lieu de la catastrophe et la remise aux familles est placé sous l’autorité d’un responsable désigné par la préfecture, généralement un médecin légiste chargé des identifications.

La préfecture doit également tenir à jour un carnet dans lequel sont répertoriés des contacts avec les différents cultes. Théoriquement, un prêtre, un pasteur, un rabbin et un imam, au minimum, doivent pouvoir être joints dans les heures qui suivent la catastrophe.

Comment se créent les chapelles ardentes lors de catastrophes ?

Par Guillaume Bailly

Une chapelle ardente doit répondre à des critères d’accessibilité et d’hygiène, et l’organiser a des critères égalitaristes.

Le lieu ou sera dressée la chapelle ardente devra donc être accessible. Accessible par la route, pour faciliter le travail des véhicules de transport de corps, mais aussi accessible aux familles. Toutefois, les issues devront pouvoir être contrôlables afin de pouvoir filtrer à l’entrée les curieux en quête d’une expérience malsaine. Il faudra aussi prêter attention au fait que ce qui se passe à l’intérieur ne se voie pas de l’extérieur.

Une pièce à part devra pouvoir être aménagée en local technique, ou les médecins légistes chargés de l’identification pourront idéalement travailler.

L’endroit devra être suffisamment grand pour accueillir toutes les victimes, et régulièrement entretenu. Il est très important que le site ne soit pas trop humide, et que sa température soit contrôlable. Le critère à retenir est qu’un corps en housse hermétique biodégradable et en cercueil fermé ne doit pas poser de problèmes d’odeurs jusqu’à sept jours après son décès sans avoir reçu de soins de conservation. Les préconisations émises par les experts sont d’une température de 18 degrés maximum, dans les régions ou l’hygrométrie et égale ou inférieure à la moyenne française. Les spécificités régionales seront prises en compte dans le calcul, effectué par chaque préfecture.

Les lieux susceptible de recueillir ces critères sont indiqués sur une liste régulièrement mise à jour par chaque préfecture. En cas de catastrophe, un chargé de mission va aussitôt chercher l’emplacement le plus proche de l’endroit touché, et vérifier sa conformité avant de le réquisitionner.

L’organisation de la chapelle ardente doit être égalitariste :
les cercueils sont disposés en rangées et colonnes également espacées, afin de former des allées pour la circulation, soit au hasard, soit par ordre d’arrivée, parfois réunies par familles. Il est formellement déconseillé de partir d’un point central, qui pourrait être interprété par les familles comme le placement d’un défunt plus important que les autres.

Il est préconisé, sauf exceptions au cas pas cas, de proscrire les décorations religieuses dans l’espace, afin de n’offenser personne, mais de prévoir un espace ou les familles qui le souhaitent peuvent rencontrer un représentant de leur culte. Une liste de ces représentants est tenue en préfecture avec un numéro d’urgence.

Le dépôt en chapelle ardente se termine lorsque toutes les familles ont récupéré leur défunt, pris en charge par une société de pompes funèbres. Des cérémonies communes y sont généralement effectuées lorsque tous les corps ont été identifiés et avant les premières restitutions aux familles.

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Cascade de catastrophes : loi des séries ou conséquence du culte de l’urgence

La cascade de catastrophes des derniers jours avec les déraillements de Lac-Mégantic (47 morts), de Brétigny (7 morts), de Saint Jacques de Compostelle (79 morts), la Collision entre deux trains en Suisse romande (1 mort), et la chute d’un car dans la région de Naples ( 40 morts) n’aurait-elle pas pour principale cause l’effondrement brutal du culte de l’urgence et de la vitesse et non la loi des séries brandie comme explication ultime de l’incompréhensible par des éditorialistes en manque d’audience.

Si chaque accident fera l’objet d’enquêtes multiples et trouvera, espérons le, pour les familles des victimes et l’amélioration de la sécurité des transports une explication scientifique, je ne peux toutefois revisiter les travaux de Nicole Aubert, Docteur en Sciences des Organisations à l’ESCP Europe, sur les deux nouvelles mesures du temps de nos sociétés que sont désormais l’urgence et l’instantanéité et qui conduisent indéniablement vers les crises et les catastrophes.

Culte_urgenceSelon Nicole Aubert, nos sociétés occidentales vivent une mutation radicale dans leur rapport au temps. Les deux nouvelles mesures du temps sont désormais l’urgence et l’instantanéité, en raison de la mondialisation économique et financière et du développement des nouvelles technologies.Il faut être plus rapide, plus réactif que les autres, en gagnant du temps. L’individu est à flux tendu, il se sent obligé de travailler dans l’urgence quelle que soit l’importance réelle des problèmes. L’activité permanente, l’urgence succédant à l’urgence deviennent des gages de réussite.

L’individu face à ce culte de l’urgence oscille entre jouissance et épuisement. Certains individus sont « shootés à l’urgence ». L’urgence est leur amphétamine, leur EPO qui stimule, incite à se surpasser sans cesse. Mais l’urgence a ses pathologies avec la dépression, la corrosion du caractère, le burn out, les désordres psycho somatiques, les désajustements temporels.

Nicole Aubert évoque ensuite le retour du refoulé, l’urgence, les crises et les catastrophes, indicateurs de l’effondrement brutal du culte de l’urgence et de la vitesse. A force d’aller vite, on rate des choses et on peut commettre des erreurs. « Pris dans les méandres des rythmes organisationnels et dans des flux d’activité quasi irréversibles, l’homme n’a plus la possibilité de rattrapages des aléas ». De l’erreur à la crise, le scénario se déroule sans lui. « La logique implacable du temps revient alors comme pour lui rappeler qu’un système qui ne respire plus ne peut que dégénérer et mourir ».

A force de chercher à domestiquer, posséder, comprimer, accélérer le temps, bref le soumettre au rythme d’une volonté de rentabilisation maximum individuelle ou collective, le temps parfois fait son retour dans la vie des individus ou des systèmes sous forme d’une irruption brutale, selon une logique qui n’appartient qu’à lui.

Dans son ouvrage, Nicole Aubert décortique différentes crises (catastrophe ferroviaire, accident majeur dans la production électrique nucléaire…) de façon très intéressante. Lorsque la complexité du fonctionnement technologique jointe aux exigences de rentabilité n’a pas permis de donner du temps au temps ou plus précisément n’a pas laissé sa place au temps humain de la réflexion et de la solution créative, le temps peut alors rappeler brutalement ses exigences et ses contraintes en faisant exploser des systèmes ou des organisations..

Conclusion

Si l’urgence peut être libératrice, prétexte à la créativité, à la spontanéité, à l’imagination et à l’improvisation, l’individu quant à lui peut être pulvérisé par la vitesse, avec l’impossibilité de trouver son propre rythme.

Nous sommes de plus en plus intolérants à la frustration : attendre nous angoisse, nos désirs doivent être satisfaits à tout instant, en tout lieu. Nos existences se justifient essentiellement par notre capacité à « faire », et à faire de plus en plus vite, car « plus j’agis, plus je vaux ».

Face à cette logique de l’urgence, Nicole Aubert en appelle à une « reconquête de soi », et invite à ne pas se laisser déposséder de sa propre temporalité et de ses propres rythmes et à « réintroduire l’épaisseur du temps de la maturation, de la réflexion et de la méditation là où le heurt de l’immédiat et de l’urgence oblige à réagir trop souvent sous le mode de l’impulsion ».

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Noyade : plus de 3 décès par jour en France en période estivale

Habituellement, pendant la période estivale (juin/juillet/juillet), plus de 3 personnes se noient quotidiennement (enquête noyade INVS 2012). Ce dernier week-end de juillet, un triste record vient d’être battu, avec 16 noyades mortelles en trois jours dont 9 sur le littoral de l’Hérault.

Ces neuf personnes ont péri noyées ce week-end sur les plages du littoral de l’Hérault en raison d’un fort vent de sud-est qui crée localement des phénomènes de ressac dangereux et de houle. Alors que le drapeau rouge, ou orange, était sorti, les pompiers ont du intervenir une vingtaine de fois pour la seule journée de dimanche, et une cinquantaine de fois depuis vendredi, pour secourir des imprudents. La préfecture avait d’ailleurs mis en garde les vacanciers dès vendredi.

Chaque année, il décède plus de 400 personnes suite à des noyades accidentelles. Parmi ces accidents, 47% ont lieu en mer, 22% en cours d’eau, 15% en piscine (tous type confondus), 11% en plan d’eau.  Quant au littoral du Languedoc-Roussillon, il avait enregistré 54 décès par noyade en 2012 dont 29 sur les plages héraultaises.

Noyades_vagues

La Noyade ne Ressemble Pas à la Noyade

« La noyade n’est pas le violent et éclaboussant appel à l’aide auquel la plupart des gens s’attendent. La noyade est presque toujours un évènement trompeusement silencieux. Les signes de la main, les éclaboussures et les cris que la télévision nous a conditionnés à surveiller sont rarement vus dans la vraie vie.

La réaction instinctive à la noyade, est ce qui se produit lorsqu’on se trouve dans l’eau et que l’on tente d’éviter une suffocation, réelle ou perçue. Et ce n’est pas ce à quoi la plupart des gens s’attendent. Il y très peu d’éclaboussures, pas de signe de la main et pas de cri ou d’appel à l’aide d’aucune sorte.

La noyade est la deuxième cause de décès par accident chez les enfants âgés de 15 ans et moins (juste derrière les accidents de la route). De tous les enfants qui vont se noyer cet été, la moitié seront à moins de 23 mètres d’un parent ou d’un autre adulte lors de la noyade. Dans dix pour cent de ces cas, l’adulte va carrément les regarder se noyer, n’ayant aucune idée de ce qui est en train de se produire.

La noyade ne ressemble pas à la noyade. Le Dr. Pia, dans un article de la revue de la garde côtière “On Scene”, décrit la réaction instinctive à la noyade comme suit :

1. Sauf dans de rares circonstances, les gens qui se noient sont physiologiquement incapable d’appeler à l’aide. Le système respiratoire est conçu pour respirer. La parole est une fonction secondaire. La respiration doit être achevée avant que la parole puisse avoir lieu.

2. La bouche des gens qui se noient est en alternance en dehors de l’eau avant de replonger sous la surface. Leur bouche n’est pas en dehors de l’eau assez longtemps pour qu’ils puissent expirer et appeler à l’aide. Quand leur bouche est au dessus du niveau de l’eau, ils expirent et inspirent rapidement avant que leur bouche ne retourne sous le niveau de l’eau.

3. Les gens qui se noient ne peuvent agiter la main pour faire signe. La nature les pousse instinctivement à étendre les bras latéralement et à pousser sur la surface de l’eau. Pousser sur la surface de l’eau permet à leur corps remonter pour qu’ils puissent sortir leur bouche de l’eau pour respirer.

4. Lors de la réaction instinctive à la noyade, les gens qui se noient ne peuvent pas contrôler les mouvements de leur bras. Physiologiquement, les gens qui se noient en luttant pour respirer à la surface de l’eau ne peuvent pas arrêter de se noyer et faire des mouvements volontaires tels que agiter la main en signe d’appel au secours, se rapprocher d’un secouriste ou étendre la main pour rejoindre un objet qui pourrait les sauver.

5. Du début à la fin de la réaction instinctive à la noyade, le corps des personnes qui se noient, reste vertical dans l’eau sans aucun battement de pied efficace. À moins qu’ils ne soient secourus par un sauveteur entraîné, ces gens ne peuvent lutter à la surface de l’eau que 20 à 60 secondes avant de se retrouver complètement submergés.

(Source : revue “On Scene”, automne 2006, p.14)

Cela ne veut pas dire qu’une personne qui crie à l’aide et se démène n’est pas en réel danger, elle en train de vivre la détresse aquatique. Pas toujours présente avant la réaction instinctive à la noyade, la détresse aquatique ne dure pas longtemps, mais contrairement à la vraie noyade, ces victimes peuvent encore se tirer d’affaire elles-mêmes. Elles peuvent attraper des bouées de sauvetage ou autre objet.

Surveillez ces autres signaux de noyade potentielle lorsque des gens se trouvent dans l’eau :

– La tête calée dans l’eau avec la bouche au niveau de l’eau
– La tête penchée vers l’arrière avec la bouche ouverte
– Les yeux vitreux et vides, incapable de fixer le regard
– Les yeux fermés
– Les cheveux sur le front ou les yeux
– Les jambes ne sont pas utilisées lorsque la personne est verticale
– Hyperventilation ou halètement
– Ils essaient de nager dans une direction en particulier mais restent sur place
– Ils essaient de se retourner sur le dos
– Ils font comme s’ils essayaient de grimper une échelle (rarement lorsqu’ils sont en dehors de l’eau)

Quelques fois, l’indication la plus claire qu’une personne est en train de se noyer est qu’elle ne semble pas en train de se noyer. Peut-être qu’elle semble seulement être en train de nager sur place et de regarder vers le haut. Un bon moyen de s’en assurer? Demandez-lui : “Est-ce que ça va?” Si elle est capable de répondre, probablement que ça va. Si sa seule réponse est un regard absent, vous avez moins de 30 secondes pour vous rendre à elle.

Indicateurs de risque : les enfants qui jouent dans l’eau font du bruit. Lorsqu’ils deviennent silencieux, il faut aller voir se qui se passe.

Traduction d’un extrait de l’article d’un sauveteur en mer sur la noyade : Drowning doesn’t look like drowning. http://mariovittone.com/2010/05/154/#

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