16 juin à Niort : Une journée d’échanges sur le risque inondation

En France, près d’une commune sur deux, soit 17 millions d’habitants, est concernée par le risque inondation. Les catastrophes telles Xynthia en 2010 ou les inondations du sud-est à l’automne 2015 nous rappellent combien ce risque est difficile à maîtriser pour les collectivités territoriales.

Gemapi, Plan de prévention du risque inondation, Plan communal de sauvegarde, DICRIM, … autant de mesures et de procédures que les élus locaux doivent mettre en œuvre, avec toutes les difficultés que cela implique et la nécessaire réactivité lorsque la catastrophe survient.

Leader de l’assurance des collectivités en France, SMACL Assurances(1) propose, en partenariat avec l’IRIAF et Calyxis(2), une journée de réflexions et d’échanges sur : « Les collectivités locales face aux risques d’inondation; bonnes pratiques et solutions opérationnelles ». Cette rencontre se tiendra à Niort le jeudi 16 juin de 9h à 17h.

Les intervenants des trois tables rondes – experts de la prévention (CEPRI, IRMA, …) et élus locaux – partageront leurs retours d’expériences. En complément, des professionnels présenteront des solutions techniques et opérationnelles. Le Général François Vernoux, fondateur du Pavillon Orange sera le grand témoin de cette journée(3).

 

3 questions au Général François Vernoux, grand témoin de la rencontre Prrism

1/ Les collectivités sont elles organisées face aux risques d’inondation ? Leur sensibilisation au risque a-t-elle évolué depuis Xynthia ?

Je mesure au quotidien une prise en compte progressive des risques et des menaces par les municipalités. Néanmoins, la préparation des communes est encore disparate. Le risque inondation est connu, parfois récurent voire annuel et pourtant… Xynthia, le Var, les Alpes Maritimes, que de désastres, que de morts !

Léonard de Vinci disait : « Je ne me prépare pas, je gémis déjà ! »

On gémit trop.

Comment rester insensible face aux comportements inconscients de certaines victimes des récentes catastrophes. Quelle a été la portée de l’information préventive ?

Certaines communes sont armées, on n’en parle pas. Un maire du Gard m’a dit : « on a eu de la chance ». Non monsieur le maire, vous vous étiez préparé !

 

2/ Quels sont les principaux freins ?

Les Vieux Ponts sur la Sèvre Niortaise. Source : bernezac.com
Les Vieux Ponts sur la Sèvre Niortaise. Source : bernezac.com

J’espère que le nombre d’élus qui pensent que parler des risques, c’est porter atteinte au tourisme et au développement économique tend vers zéro. Les élus concernés par les inondations ne pensent pas que cela n’arrive qu’aux autres. Le manque d’implication des élus n’est donc plus un frein et c’est heureux.

Le principal frein évoqué est, comme toujours, financier. Or les aides sont nombreuses et les frais post catastrophes sont énormes. Un maire m’a dit : « La prévention est mon meilleur investissement. Certes, elle ne rapporte pas mais elle réduit les dépenses ». En ces temps de réductions budgétaires, elle devrait s’imposer. De même, la sauvegarde ne coûte pas cher et ses fruits sont indéniables.

Le second frein est la complexité. J’ai observé de nombreux élus qui voulaient faire, mais qui baissaient les bras devant la multiplicité des textes.

La prise en compte de la prévention et des protections au niveau de chaque bassin me semble aller dans la bonne voie.

Pour la sauvegarde, les mémentos de la sécurité civile et des préfectures sont de bonnes factures. J’ai néanmoins senti et observé pour certains élus un déficit de culture opérationnelle. C’est pourquoi, encouragé par SMACL Assurances, j’ai publié chez Territorial éditions : Conduire les opérations communales de sauvegarde – initiation opérationnelle. Un opus pour donner les clefs du domaine et en démystifier la maitrise.

 

3/ La palette d’outils au service des collectivités est large. De quel accompagnement les collectivités peuvent elles bénéficier au quotidien ?

Les communes ne sont pas abandonnées. Les préfectures sont généralement prêtes à aider les services municipaux. Les établissements publics de bassin sont aussi très efficients. A contacter sans modération !

Et, il y a de très nombreuses associations ou auto entrepreneurs qui proposent leurs aides. La gamme va de l’excellence au médiocre. Un critère de choix : l’expérience opérationnelle du prestataire. Un principe : se faire assister, ne pas faire faire.

Acheter un PCS clef en main, faire rédiger votre DICRIM, c’est gaspiller l’argent public. La sauvegarde est une mission de proximité. L’élu local connait son territoire et sa population. Faites-vous assister si vous en ressentez le besoin. Evaluez votre dispositif au questionnaire en ligne du Pavillon Orange. Vous connaitrez vos points forts et vos marges de progrès.

Un dernier petit conseil : concentrez-vous sur la formation et l’entrainement de vos élus, agents et volontaires. Pour les exercices, participez aux exercices de la préfecture.

Le meilleur des accompagnements est sans aucun doute l’engagement du Maire. Si la prévention et la sauvegarde sont au cœur de sa politique, les élus et agents partageront cette culture et la population sera sensibilisée. Le PCS et le DICRIM c’est bien mais ce n’est qu’un début. Sans formation, entrainement, exercice ni communication régulière, ces documents rejoindront rapidement, oubliés, un tiroir ou le fond d’une armoire.

Retrouvons nos repères face à nos territoires, osons et partageons la sauvegarde !

(1) Leader de l’assurance des collectivités territoriales, SMACL Assurances accompagne près de 15 000 personnes morales de droit public pour la couverture de leurs bâtiments publics, leur flotte de véhicules, leurs élus et agents. f
(2) IRIAF : antenne de l’Université de Poitiers, institut des risques industriels, assurantiels et financiers. univ-poitiers.fr
(3) Calyxis, association loi 1901, centre de ressources dédié à la prévention des risques. calyxis.fr

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Risque et perceptions

Source : vincentabry
Source : vincentabry

Dans une société où l’être humain, siècle après siècle, n’a cessé de faire reculer et d’amoindrir les conséquences des risques auxquels il est exposé, par la maîtrise du territoire et l’évolution technologique, comment se fait-il qu’il soit toujours plus préoccupé par le risque ? En une trentaine d’années, la notion de risque a conquis le lexique courant pour aujourd’hui devenir un concept-clé. Bien que nous nous dotions d’un arsenal législatif et que nous nous prémunissions à travers l’aménagement du territoire, la question du risque ne cesse d’alimenter nos craintes, ainsi que nos aspirations à rendre nos vies toujours plus sûres. Dans cet article, nous nous proposons d’identifier quelque-uns des facteurs qui influencent nos perceptions et nos représentations du risque.

L’effet du genre, ou la différence de perception homme-femme du risque, selon de très nombreuses études que cite Slovic (1999), ont montré que les hommes tendent à appréhender les risques de façon plus faible et moins problématique que les femmes. Qu’ils s’agissent des femmes françaises, chinoises, roumaines, des adolescentes américaines, ou encore des femmes de Chicago, celles-ci ont donc toute la même point commun. Le niveau de risque perçu par les femmes est plus important que celui des hommes qui tendent à la considérer d manière plus faible.

L’effet de l’âge est également un déterminant profond de la perception du risque, bien que les études menées n’aient pas permis de mette en évidence une tendance nette. Néanmoins, nous savons, que selon les pays, la culture, etc, les perceptions et représentations du risques fluctuent avec l’âge. Certaines études mettent en évidence que les plus jeunes ont une perception des risques moins élevée que les plus âgés, et qu’à l’inverse, d’autres ont montré que les plus jeunes avaient une perception des risques supérieure à celle des plus âgés.

L’effet du du niveau d’éducation influence directement nos perceptions et nos représentations. Les études dans ce domaine sont très explicitent et sans ambiguïtés, les individus moins instruits perçoivent globalement plus de risques que les individus plus instruits.

L’effet de la profession sur le risque est bien documenté. Selon de nombreuses études, la perception des risques par les infirmières est la plus élevée, alors que dans un même temps, la perception du risque la moins élevée concerne les étudiants diplômés. Le niveau d’études ne semble pas être déterminant, alors que la confrontation plus ou moins fréquente à certains risques, dans le contexte professionnel, apparaît influencer la perception des risques.

L’effet du niveau de revenus et leur analyse tend à confirmer que les individus les plus pauvres ont les perceptions des risques les plus élevées. Effectivement, ayant des moyens financiers moins élevés, les personnes les plus pauvres semblent plus préoccupés par les risques car elles se sentent exposées plus personnellement.

Les influences ont également un impact non négligeable sur les perception et représentations des risques. On notera par exemple l’influence du statut des individus dans la société, l’influence de l’exposition médiatique,  l’influence des visions du monde, l’influence de l’anxiété, l’influence de la confiance sociale, l’influence des croyances religieuses, ou encore l’influence de la personnalité.

– Influence des variables distales sur la perception des risques : une revue de littérature

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Japon, une terre de résilience

Alors que le Japon est frappé une nouvelle fois par une série de séismes depuis ce 14 avril, nous revenons sur l’emblématique système de gestion des séismes nippon. Ce modèle d’excellence, a été soumis à de rudes épreuves à de nombreuses reprises comme en témoignent les cicatrices que porte le pays. Malgré les coups répétés de la nature, les bilans humain et matériels très lourds, l’archipel continue de tenir la dragée haute et poursuit ses innovations en matière de lutte et de prévention.

En janvier 1995, le tremblement de terre d’une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter qui frappa la métropole de Kobe ne fît pas moins de 6 000 morts, pour plus de 40 000 blessés. A ce bilan humain très élevé, il faut additionner plus de 100 milliards d’euros de dégâts matériels, soit 5% du PIB japonais. Plus de 300 000 personnes se retrouvent sans-abri alors que 100 000 logements sont détruits et autant sont endommagés. Le port de Kobe, 2ème du Japon par son importance car il assure 30% du trafic maritime du pays, est grandement détruit. Cette catastrophe de grande ampleur n’empêchera pas la ville de se relever. Avec l’aide du gouvernement, Kobe met en place au moment de la reconstruction un plan novateur. Sur les ruines d’anciens quartiers seront construites de larges avenues pour mettre un meilleur accès au secours, de grandes zones boisées seront également aménagées afin de permettre aux habitants de se réfugier en cas de nouvelles secousses.

2011 est une année noire pour le Japon. Un séisme de très forte magnitude, 9 sur l’échelle de Richter, se produit le 11 mars à une centaine de kilomètres de la côte est japonaise. La secousse est telle qu’elle va générer par la déformation de la croûte terrestre des ondes de tsunami, dont la plus haute qui a touché la côte va dépasser les 30 mètres de hauteur. La région de Sendaï est fortement impactée, tout comme celle de Fukushima, dont la centrale nucléaire Fukushima Daiichi. 3 réacteurs sur les 6 que compte la centrale vont entrer en fusion et entrainer la catastrophe technologique qui va suivre. Sur l’ensemble du territoire qui est dévasté, on comptabilisait plus de 200 000 personnes, résidentes et autres, au moment où le tsunami a frappé. Le bilan définitif fait état de «seulement» 18 879 morts. A quoi doit-on un bilan humain finalement si faible ? La rapidité de réaction des autorités qui ont su informer la population du danger imminent. Certains analystes n’hésitent pas à dire que si ce drame c’était déroulé dans un autre pays le bilan aurait pu être bien plus conséquent. Cette capacité à anticiper et à sauvegarder la population, le Japon le doit également à un système d’alerte aux raz de marée perfectionné composé de capteurs en haute mer, qui a été mis en place à partir de 2007. Il permet de signaler les régions menacées du Japon dans un délais de 4 minutes après le séisme via la télévision et la radio.

En matière de résilience et d’adaptation, nous pouvons citer également le Japon comme le fer de lance des techniques d’amortissements des chocs sismiques pour les bâtiments. Ce sont plus de 2 000 grands immeubles qui sont équipés de cette innovation sur l’ensemble du territoire. Lorsque nous savons que seulement 400 autres bâtiments sont dotés de ce système dans le monde. En outre, la commune de Tokyo a mis à disposition pour la population de la métropole un manuel, plutôt exhaustif et pratique, sur l’ensemble des bonnes pratiques et des bons gestes à avoir lorsque un aléa se manifeste. Ce document est tourné vers l’aléa sismique, mais nous comprendrons aisément la volonté des autorités, d’informer et de sensibiliser face à un tel risque.

 

 Guide de prévention pour la ville de Tokyo

 

Source : Tokyo Metropolitan Government
Il était une fois… un hippopotame tokyoïte qui se préparait. Source : Tokyo Metropolitan Government
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Plan ORSEC : le guide S3

Mis en place à partir de 1952, le plan «Organisation des Secours», ou plan ORSEC, a évolué jusqu’à aujourd’hui pour devenir «l’Organisation de la Réponse de Sécurité Civile». Cette réponse de la mobilisation des moyens de la sécurité civile, a été pensée et déployée, afin de faire face à des catastrophes naturelles, industrielles, ou encore sanitaires. Il a pour objectif d’organiser les secours, de prendre en charge et sauvegarder les populations, et de protéger les biens ainsi que l’environnement. La nouvelle mouture de 2004 se veut comme un incubateur de la notion de culture de la sécurité civile, qui se décline à ce jour en plusieurs volets, dont le guide S3, qui n’est autre que la disposition spécifique inondation. Ce volet du plan a pour objectif, alors qu’on estime aujourd’hui que 17 millions de Français sont exposés aux différentes conséquences des inondations par débordements et que 1,4 million d’habitants sont exposés au risque de submersion marine, d’aider les préfets dans l’élaboration de leurs dispositions spécifiques ORSEC inondations.

Parmi les objectifs du plan ORSEC inondation, il nous a semblé important de faire un focus sur l’appropriation et la déclinaison des acteurs, ainsi que sur l’approche de retour à la normale. Le premier volet, appropriation et la déclinaison des acteurs, met un point d’honneur sur l’aspect de la culture opérationnelle commune, qui est issu d’un travail collégial entre les diverses parties. Effectivement, la bonne entente et la collaboration des différents services lors d’une crise semble être indispensable, pour faire face, et pour répondre avec efficacité à l’amplitude d’un événement majeur. Cette réponse efficiente à la catastrophe passe également par la formalisation, qui doit permettre, d’une part, de faciliter la gestion de l’événement le moment venu, et d’autre part, de s’approprier le dispositif. En outre, chaque acteur doit impérativement s’imprégner des missions relevant de sa compétence et décliner son organisation interne (Quelle est ma mission ? De combien de temps je dispose ? etc). L’appropriation n’a de meilleur partenaire que l’entraînement et l’exercice en conditions réelles sur le terrain. C’est pour cela que régulièrement des exercices sont pensés et réalisés afin de tester les dispositifs et l’efficience des acteurs de la sécurité civile.

Par ailleurs, l’approche de retour à la normale  est une étape décisive dans le protection des populations et dans la reprise de l’activité économique. Bien que les acteurs de la résilience ne soient pas les mêmes pendant et après la crise, il paraît judicieux de préparer cette étape avec attention. L’objectif premier de cette phase est l’assistance à travers une liste de missions qui devront être opérées par les services de l’Etat (assistance aux sinistrés, information sur les procédures d’indemnisation, évaluation des dégâts, etc). De plus, cette étape permet de déterminer quels seront les services pilotes qui s’occuperont de chacune des missions. Afin de faciliter et d’optimiser le temps de retour à la normale pour les territoires affectés (habitants, entrepreneurs, etc), un comité de suivi général (DDT, conseil régional, associations, etc) suit les travaux de préparation au retour à la normale.

Ce guide S3 décline l’ensemble des bonnes pratiques à mettre en place pour optimiser la gestion des inondations. Si le guide S3 est consacré à la gestion du risque d’inondation, d’autres volets du plan ORSEC sont disponibles, tout comme le guide G4 (Alerte et information de la population), ou encore le guide G2 (Soutien des populations). Cette déclinaison de guide pratique du plan ORSEC permet de mieux appréhender de futurs événements dommageables qui ne manqueront pas de se manifester.

Découvrez le Guide S3 – Plan ORSEC inondation

 

Inondation d’un quartier construit dans une ancienne zone humide
Inondation d’un quartier construit dans une ancienne zone humide après une crue de la rivière Aa. Source : Futura Science / Lamiot

 

 

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