Hérault: les PPRI devront intégrer les épisodes pluvio-orageux intenses

Après le drame de Lamalou du 17 au 18 septembre où 4  personnes ont trouvé la mort dans l’inondation d’un camping , l’ancien directeur du SDIS de l’Hérault, revient dans une interview du Midi Libre sur les causes de cette catastrophe.  Le responsable des pompiers dénonce la non prise en compte des alertes lancées par ses services et l’administration des Ponts & Chaussées pour prévenir du danger. Dès 2003, il avait demandé pour la prescription des PPRI, de prendre un aléa le plus large possible afin que l’on tienne compte des épisodes pluvieux violents et inattendus en retenant comme aléa de référence une pluviométrie de 600 mm en 30 heures. Il avait préconisé aussi qu’il convenait de fermer les campings à risques dès le 31 août.

PPRI Herault
88% des communes de l’Hérault sont concernées par le risque inondation

Retour sur le débordement du Bitoulet à Lamalou

Charles Cassar évoque le drame du 18 septembre dernier à Lamalou, où quatre personnes ont perdu la vie lors de la montée subite du Bitoulet. Ce cours d’eau, qui longe le camping municipal, a débordé et la rupture d’un embâcle a précipité une vague qui a tout emporté sur son passage.

Après vérification, un courrier de la préfecture de l’Hérault datant du 13 avril 2010 précise : « Les terrains de camping soumis à un risque de crue rapide devront être soumis à une période d’ouverture stricte, période qu’il est impératif de faire respecter compte tenu de la spécificité de ce risque et des contraintes correspondantes pour la gestion de crise. »

Un camping à risque

Le camping municipal de Lamalou était, comme beaucoup d’autres établissements dans le département, considéré comme à risque. Et cela malgré des PPRI établis de longue date et qui ont été contestés. Le 16 février 2004, le préfet de région avait demandé au Sdis de l’Hérault d’actualiser le schéma départemental d’analyse et de couverture des risques. Le 6 avril de la même année, un rapport du Sdis était rendu tant sur le plan du risque incendie qu’inondation.

Il explique : « En ce qui concerne les PPRI de l’Hérault, leur zonage se limite soit disant aux valeurs de crues centennales constatées sur les cours d’eau. Ces PPRI ne prennent donc en compte que les débordements de cours d’eau en valeur limnimétrique (montée du niveau de l’eau et non l’étalement, NDLR). Et de poursuivre : Il est impératif de quantifier l’aléa, dans l’Hérault, pour la prescription des PPRI selon une pluviométrie de 600 mm en 30 heures. Ce qui correspond aux activités pluvio-orageuses de type cévenol les plus importantes et les plus prévisibles. Il y a donc lieu de revoir les zones de danger prescrites par tous les PPRI en intégrant cette donnée. »

Un risque qui était connu

On avait donc, en haut lieu, déjà conscience des risques encourus en cas de gros épisode pluvieux. Pour autant, le risque à Lamalou était connu depuis bien plus longtemps encore. Un rapport de l’ingénieur des Ponts-et-Chaussées chargé du service urbanisme du 10 juillet 1997 stipulait : « Le camping n’est pas inondable en écoulement normal. Bien que ne le supprimant pas, le curage de la rivière limite le phénomène d’embâcle. Aussi, avec l’engagement de la commune de procéder à des nettoyages réguliers du lit du Bitoulet, on peut considérer que le camping n’est plus inondable. »

Ce même rapport demandait aussi à la commune de modifier les zones inondables du Pos et insistait sur le fait que « l’étude hydraulique devra être étendue à tout le linéaire du Bitoulet sur le territoire communal. »

Des travaux étaient prévus

On sait depuis le drame du 18 septembre dernier que le lit du Bitoulet n’avait pas été entretenu depuis plusieurs mois. Mais aussi, à la décharge des décideurs locaux, qu’un vaste chantier de nettoiement avait été prévu pour le mois de décembre prochain. Ces travaux devaient être pris en charge par l’intercommunalité et devaient permettre de mettre au propre le lit de ce ru bien en amont de la commune. Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur le secteur se sont chargées de montrer douloureusement du doigt des négligences du passé.

Dans le département de l’Hérault, plus d’une centaine de campings a été créée dans des zones qui sont désormais identifiées inondables. Cela représente plus de 20 000 emplacements. Il est donc apparu souhaitable pour l’État et la fédération hôtelière de plein-air d’affiner l’approche de la gestion de crise pour les campings en fixant des critères objectifs directement corrélés à la connaissance du risque. Dossier à suivre !

 

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Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

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