Les inondations du Gapeau expliquées par la théorie de Von Karman sur les allées tourbillonnaires

Les allées tourbillonnaires étudiées par le célèbre physicien hongrois seraient un facteur aggravant pour les inondations sur le Gapeau. C’est la théorie défendue par un Cuersois
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Depuis les inondations de 1999 et toutes celles qui ont suivi, Stéphane Rouvier, architecte paysagiste à Cuers, est hanté par le spectacle du Gapeau débordant au niveau du pont de l’Ayguade, sur la RD 42. Depuis, il n’a eu de cesse de mieux comprendre le phénomène auquel il a assisté, puis a tenté d’alerter les autorités compétentes sur ces observations. Sans grand succès jusqu’ici, il faut bien l’avouer.

Un constat en 1999

En 1999, donc, alors que la rivière, chargée de boue et de déchets divers, menace de déborder, il tente de sauver son bateau amarré à proximité du pont, à l’embouchure de la rivière. Il a appelé un grutier, et du haut de l’engin, il dispose d’une vue et d’une perspective bien dégagées le long du chenal.

Stéphane Rouvier a fait des études sur la conduite de l’eau. Skieur extrême, chargé de mission pour prévenir les avalanches à Tignes, il se remémore alors certains principes physiques qui lui ont été inculqués: « Les avalanches, c’est de l’eau, des déchets, de la neige, de la glace. C’est pareil dans l’hydrologie, explique-t-il.

Sur le Gapeau, ce que j’ai vu m’a rappelé un bouquin de référence sur les cinq formes d’avalanches. Un gros tourbillon se formait en amont des coques de bateaux, qui a emporté un voilier de 7 mètres en le catapultant vers le centre du Gapeau.

La rivière n’avait plus qu’une sortie diminuée, avec une zone de calme en aval. Il y avait plusieurs tourbillons qui formaient comme des marches d’eau qui montaient, jusqu’à immerger les piliers du pont.

Avec ma compagne, nous avons convaincu quelques plaisanciers de mettre leurs bateaux dans le bon sens. En un quart d’heure, l’eau a baissé de deux mètres ».

Fréquence de détachement

Pour Stéphane Rouvier, l’explication se trouve dans la théorie de Von Karman sur les allées de tourbillons.

Cet ingénieur et physicien hongrois, connu pour ses travaux sur les fluides, avait observé que lorsqu’un objet est immergé dans le courant, des tourbillons de sens inversé se forment autour.

« En fonction du débit, de la vitesse, de la viscosité, et aussi de la taille de l’objet, les tourbillons qui se sont formés restent collés à l’objet, la boue les fait ralentir et grossir. Et dès que les déchets s’évacuent, le niveau baisse d’un coup.

Ainsi, quand le débit augmente et que l’eau est plus claire, les tourbillons se décrochent de l’objet. Ces objets immergés génèrent l’allée de Von Karman.

Il a étudié la fréquence de détachement de ces tourbillons de sens inversé qui augmentent corrélativement par rapport à la vitesse de l’eau. Ils occupent en éventail la largeur de la rivière et forment ces marches d’eau qui montent jusqu’au niveau du pont. Lorsque les plaisanciers mettent leur bateau dans le bon sens, l’eau s’évacue ».

Pour lui, une solution permettrait d’éviter pas mal de dégâts : évacuer les bateaux amarrés sur les berges en cas d’alerte.

Autre remarque de cet observateur : les salins antiques comportaient souvent un drain, comme en Camargue. « L’existence de ce drain m’a été confirmée par deux domaines locaux, affirme Stéphane Rouvier. Je soupçonne que ce drain agit comme une pompe bélier qui détournait le Gapeau vers les Salins ».

Des pistes à approfondir en vue des inondations futures ?

Source : Var matin

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Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

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