Prévention des inondations : quand le bon sens civil devient illégal

A Durban, commune située dans le département de l’Aude, un petit millier de viticulteurs a mené une opération « illégale » de curage du lit de la Berre. Officiellement, l’action est illégale. Mais tous les participants préfèrent la désobéissance civile aux dégâts de nouvelles inondations.
PCS Resilience curage_berre

Partis de Portel le mardi 23 décembre, entre 700 et 1000 viticulteurs se sont retrouvés à Durban pour nettoyer la Berre, rivière qui traverse la commune. Un nettoyage non autorisé par la loi mais jugé indispensable à la sécurité de population et à la protection des vignobles, auquel se joignent d’ailleurs plusieurs maires.

En effet, dévastée par les inondations de 1999, la commune de Durban-Corbières a subi de nouvelles crues dévastatrices lors de l’épisode cévenol du 28-29-30 octobre. Durant la nuit du samedi au dimanche, les Durbanais n’ont pas fermé l’œil. Voyant la Berre monter, tous ont revécu les terribles inondations de 1999 qui avaient fait de la commune un champ de ruines. Cette fois-ci, ponts et berges ont encore été inondés et endommagés.

La gestion du cours d’eau est mise en cause

Le maire Christian Gaillard mettait en cause l’ensablement du lit de la rivière, les embâcles et autres arbustes qui encombrent le cours d’eau. Selon lui, tous les travaux engagés en 2004 ont été inefficaces. Le conseil municipal condamne la gestion de la rivière par le Syndicat du bassin de la Berre et du Rieu, estimant que le lit de la rivière a été ré-ensablé ce qui n’a d’autre effet que d’élever son niveau. La municipalité n’a de cesse de demander des travaux sur la Berre et demande un grand nettoyage des berges et des enrochements. Au lendemain des inondations de ce dernier week-end d’octobre, la mairie avait d’ailleurs l’intention de porter plainte pour mise en danger de la population.

Des avis partagés sur l’efficacité du curage

A l’annonce de cette opération, de nombreux internautes se sont manifestés sur le danger d’une telle opération. Pour ces détracteurs, en cas de crue, le courant sera accéléré et donc le débit augmenté, ce qui aura pour effet d’augmenter le niveau de crue en aval vers la commune de Sigean, sérieusement touchée elle aussi, en octobre. D’autre part, le curage n’aurait qu’une action limitée dans le temps. Pour réduire l’aléa, ces opposants au nettoyage préconisent de ralentir les écoulements en restaurant et en entretenant les ripisylves (bandes boisées) et en prévoyant des zones d’expansion des crues.

Ces réflexions reprennent bien souvent les travaux de l’hydrogéologue, le Professeur Pierre Verdeil, qui proposaient d’agir sur les moyens de ralentir l’arrivée concomitante de toutes les eaux lorsque le bassin versant d’un cours d’eau est entièrement concerné par de fortes pluies, comme ce fut le cas en 1999. Il s’agit de dresser de petits barrages de terre (avec un bulldozer) en amont, pour entraver les nombreux petits lits des ruisseaux dits « temporaires » qui drainent le bassin versant, essentiellement sur les hauteurs désertiques (en particulier dans le massif des Corbières). Ces petits barrages (ou levées de terre) sont prévus pour céder après avoir retenu l’eau un certain temps, et dont l’écoulement se fait progressivement. L’autre préconisation évoquée serait de prévoir des dispositifs anti-embâcles, toujours en amont, sur les hauteurs également.

Lire un article publié lors du décès du Pr Verdeil, en 2004 : http://www.ladepeche.fr/article/2005/12/30/361070-narbonne-11-inondations-une-etude-de-pierre-verdeil-rendue-publique.html

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Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

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