30 acteurs insulaires de la sécurité civile mieux formés pour mieux gérer les crises

Le Service Départemental d’Incendie et de Secours de Haute-Corse (SDIS 2B) et le Haut Comité Français pour la Défense Civile (HCFDC) ont organisé la première session corse de sensibilisation à la gestion de crise territoriale. Ce cycle de 5 jours de formation, qui est aussi une première nationale, a permis à 30 acteurs insulaires de travailler ensemble, en interservices, sur la même problématique de crise pour proposer une réponse commune.

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Explications du Colonel Charles Baldassari, Directeur du SDIS 2B.

– Est-ce la 1ère fois qu’une telle formation a lieu en Corse ?

Charles Baldassari : C’est une première insulaire et nationale. Le Haut Comité organise la session nationale « résilience et sécurité sociétale » que j’ai suivie l’an dernier. Nous l’avons incité à mettre en place une session de « gestion de crise » délocalisée. Je lui ai proposé de venir en Corse pour la première. Il a accepté. C’est, pour lui, un retour d’expérience très positif qui permet de prendre en compte les problématiques des territoires, de se remettre en cause et d’aider les gens à progresser sur la gestion des crises.

– Cette session se passe-t-elle uniquement sur Bastia ?

Charles Baldassari : Oui. Des gens de Corse-du-Sud suivent également le cycle. L’idée est d’avoir une structure itinérante. Peut-être, l’an prochain, si cette opération se pérennise, le cycle se fera en Corse du Sud.

– Elle s’est déroulée en plusieurs lieux…

Charles Baldassari : La formation s’est déroulée sur 3 lieux : le Conseil général, l’IRA (Institut régional d’administration) et Corsica TV. Les 30 auditeurs ont été mis dans une situation pédagogique optimum. Le Conseil général a mis, à la disposition du SDIS, la salle de délibération sur trois jours. L’IRA, étant un partenaire de gestion de crise, a accueilli les ateliers pratiques et les conférences. La partie média s’est déroulée dans les studios de Corsica TV. La remise des diplômes officiels s’est effectuée dans les salons du Conseil général.

– En quoi a consisté cette formation ?

Charles Baldassari : Pendant trois jours, 30 auditeurs ont été formés sur des domaines différents : la sécurité civile, les risques technologiques, les risques naturels, la cybercriminalité, le terrorisme, le risque sanitaire… Pendant les deux derniers jours, ils ont été mis en situation pratique dans trois ateliers. Le 1er atelier de mediatraining leur a permis, grâce à la collaboration de Corsica TV, de perfectionner la fonction de « comm’crise », c’est-à-dire de se présenter devant les médias et d’expliquer aisément aussi bien aux Autorités qu’à la population ce qui se passe.

– En quoi a consisté le 2nd atelier ?

formation corseCharles Baldassari : Le 2nd atelier a porté sur la gestion de crise à travers un jeu de rôles : par exemple, les auditeurs ont été mis face à un accident de car avec des enfants à l’intérieur, face à un transport de matières dangereuses, un feu de forêt… Ils ont travaillé à la résolution de ces problématiques. Les évènements se sont enchaînés très vite, plus ou moins brutalement, afin que le niveau de stress et de tension augmente et déstabilise la cellule de gestion de crise, qui doit savoir répondre, faire des points presse, rendre compte aux Autorités : le maire, le préfet, le ministère de l’intérieur… Le scénario doit être proche de la réalité.

– Et le 3ème atelier ?

Charles Baldassari : Le 3ème atelier a travaillé sur la continuité d’activité de services qu’elle soit économique, industrielle, administrative, scientifique, universitaire… concernant des grosses collectivités ou des entreprises. Lorsque la crise arrive, les systèmes sont impactés. Pour éviter que l’impact soit énorme, des stratégies sont déployées pour dégager des marges et des solutions afin que le responsable de l’entreprise ou de la collectivité organise au mieux la vie de cette collectivité ou du territoire.

– Cette formation ne s’est pas adressée qu’aux pompiers. Qui d’autre était concerné ?

Charles Baldassari : Sur les 30 auditeurs qui ont participé à la formation, 10 appartenaient au monde des sapeurs-pompiers, les 20 autres venaient des collectivités territoriales, des services de l’Etat, de la fonction publique hospitalière (médecins). L’idée maitresse a été de donner la culture de la gestion du risque à l’ensemble de ces fonctionnaires, mais aussi de s’ouvrir aux opérateurs publics et privés comme EDF, les compagnies maritimes, les chambres consulaires, et à tout système qui, à un moment donné, peut être en crise et qui a besoin d’avoir des cadres formés à la gestion de crise.

– La formation semble déborder le cadre de la sécurité civile ?

Charles Baldassari : Le modèle de formation est beaucoup plus large puisqu’on a parlé de terrorisme, de cybercriminalité, de pandémie… Il couvre l’éventail le plus large possible permettant de donner aux cadres insulaires une culture de gestion du risque, multirisques. In fine, cela devrait, sur le spectre de la sécurité civile, permettre aux deux préfets de Corse d’avoir des gens hyper compétents en gestion de crise et travaillant en synergie avec les centres opérationnels départementaux (COD). Nous avons vocation à travailler, ensemble, en interservices sur la même problématique et avoir un langage commun de gestion de crise. C’est l’axe principal du 1er cycle de formation en Corse.

– Les pompiers ont l’habitude de gérer des situations d’urgence. Alors qu’est-ce que cette formation vous apporte-t-elle ?

Charles Baldassari : On a l’habitude de travailler, chacun, dans notre propre sphère de compétences. Les pompiers ont l’habitude de travailler sur le feu de forêt, mais, à la périphérie du feu de forêt, il n’y a pas seulement le SDIS, mais aussi la police, la gendarmerie, les militaires, l’ONF (Office national des forêts), le Conseil général, etc. C’est un brassage de cultures complètement différentes. Un militaire, un sapeur-pompier, un agent du Conseil général, un agent de l’ONF, un policier et un gendarme n’ont pas la même culture. Si chacun vit en vase clos, le jour J où il faudra se confronter aux évènements, on ne sera pas performant. Le but est de s’ouvrir, de ne pas rester sur son périmètre d’activités. Ce qui serait, aujourd’hui, une grave erreur car l’interdépendance des systèmes fait qu’on ne peut plus travailler tout seul.

– Qu’est-ce qui, dans toute cette formation, vous a le plus intéressé ?

Charles Baldassari : Pour ma part, ce sont les conférences de haut niveau sur des problématiques essentielles très éloignées du monde de la sécurité civile : la cybercriminalité, le terrorisme, la sécurité sanitaire, la construction du plan de continuité d’accès de services, les problèmes économiques… C’est bien loin des feux de forêts et des accidents, mais cela forge une synergie et donne des compétences.

– Y-a-t-il encore des progrès à faire en Corse dans la gestion des crises ou trouvez-vous que vous gérez les crises plutôt bien ?

Charles Baldassari : En général, oui. On ne s’en sort pas trop mal, il suffit de regarder les bilans ! Mais, si nous essayons d’aller encore plus loin en formation, c’est qu’il y a toujours des progrès à faire. Il faut rester en éveil, à l’écoute de gens qui ont des références nationales ou internationales reconnues et qui viennent nous donner des conseils sur la gestion de crise. C’est un atout essentiel, très positif, de la formation du cycle. Si le cycle vit, nous aurons, dans quelques années, un excellent niveau de formation en Corse permettant de répondre plus facilement à toute crise dans notre île.

Propos recueillis par Nicole MARI de Corse Net Infos

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