Thiérache : lutter contre le ruissellement pour éviter une autre crue du siècle

thierarche_crueL’inondation du siècle de janvier 2011, qui a touché la Thiérache peut-elle se reproduire ? Absolument. répondent les experts de l’URCPIE (Union régionale des centres permanents d’initiatives pour l’environnement) de Picardie puisque ça s’est produit trois fois en 100 ans : 1956, 1993 et 2011. Aussi, statistiquement, le terme de crue centennale est inapproprié, car les crues sont de plus en plus récurrentes. Aussi,  il vaut mieux parler de crue trentennale.

Il est alors possible que l’Oise atteigne un jour 4,50 mètres à Hirson, si un manteau neigeux de 80 cm sur les Ardennes se met à fondre en même temps qu’un gros épisode de pluie. C’est tellement rapide (lors de la crue du 7 janvier 2011, l’Oise a atteint son niveau historique de 4,25 mètres).

Pourquoi la Thiérache est-elle un lieu propice à connaître ce genre d’événement exceptionnel ?

La Picardie reçoit à peu près en moyenne 600 mm de pluie par an. À Hirson, ça peut atteindre 1 100 mm ! La partie nord-est de la Thiérache est plutôt mal placée à ce titre, car l’Oise prend sa source en Belgique, dans une zone très haute. En 1993 (l’Oise était montée jusqu’à 4,20 mètres) car il avait plu pendant très longtemps (il était tombé 200 mm en 15 jours), et 50 mm en plus sur les deux derniers jours. Ça a donc fait remonter le niveau d’une crue qui était en cours. Des morceaux de maisons avaient été emportés. En 2011, le facteur aggravant était la neige, car il n’y a pas eu de quantité de pluie exceptionnelle. En général, on compte 1/10e de l’épaisseur de neige sous forme d’équivalent pluie. Lors de cet événement, toute la partie basse du centre-ville avait été inondée rapidement.

Quelles sont les villes qui sont particulièrement « vulnérables » ?

thierarcheHirson est la ville la plus menacée, car on ne peut pas endiguer la ville. En plus, les habitants n’ont pas vraiment le temps de se préparer à une brutale montée des eaux, s’il y a conjonction de fonte de neige importante venant des Ardennes et épisode pluvieux important. Viennent ensuite Marle, parce qu’il y a deux rivières qui se rejoignent et n’en forment plus qu’une. D’ailleurs, les travaux concernant le futur barrage devraient débuter en 2017-18. Et Guise, même si pour cette dernière, la mise en service du bassin de Proisy (d’une capacité de 4 millions de m3) en 2010, l’a mieux préservée des risques d’inondations. De même que la protection du centre-ville avec des digues. Quand une crue est annoncée, le bassin se remplit de manière à écrêter la crue. Mais pour une crue centennale, ce n’est plus suffisant.

Limiter la vulnérabilité grâce aux haies de Thiérache

La prévention a longtemps constitué un vœu pieux en matière de catastrophe naturelle. La culture du risque majeur s’est faite il y a peu, quatre ans à peine, ce qui explique que la prévention des crues a souvent été le parent pauvre dans la gestion des risques. Il faut bien souvent attendre de vivre une catastrophe pour prendre conscience du danger qui nous entoure.

Dans l’Aisne, du fait de l’évolution des pratiques agricoles depuis 30 ans, plus aucune zone géographique n’est à l’abri des inondations ou des coulées de boues.  Loin de stigmatiser les agriculteurs, il est possible de limiter la vulnérabilité d’un territoire, avec des résultats concrets. .

Des solutions existent, plus ou moins coûteuses, pour retenir ces boues, rediriger le ruissellement, ou atténuer les conséquences des inondations, sans toutefois parvenir au risque zéro, qui n’existe pas. Des aménagements d’hydraulique douce comme des bandes enherbées ou des fascines permettent le maintien de la capacité d’infiltration et la rugosité du sol. Les haies sur talus favorisent le ralentissement des ruissellements. Des ouvrages de rétentions sont également possibles. Simples, comme des noues ou des mares tampon, et plus élaborés, comme un bassin.

fascines_inondationsL’argent étant le nerf de la guerre, on ne peut faire l’économie de comparer l’aspect financier, avec une estimation de coût qui peut évoluer sur une échelle de 1 à 10 (5 euros/ml pour une bande enherbée, 12 à 15 euros/ml pour une haie hydraulique, jusqu’à 200 à 300 euros/ml pour des gabions.) Des ouvrages qui sont bien souvent, en partie, subventionnés, notamment via l’Agence de l’eau.

Paralèllement, les élus ont eux été sensibilisés au Plan de prévention des risques de ruissellement et de coulées de boue. Ce dispositif permet de régir les interdictions, autorisations sous conditions, ou recommandations par rapport aux risques présents sur une commune. Un outil hélas encore trop peu utilisé dans l’Aisne, puisque 42 PPR seulement ont été élaborés.

Les fascines : Comment ça marche ?

fascines_coulees_bouesLes fascines sont des obstacles au ruissellement des eaux constitués de fagots superposés, retenus de part et d’autre par des pieux. Ces obstacles sont disposés entre les parcelles pour freiner l’écoulement de l’eau en complément des haies. Le but : empêcher au maximum l’érosion des parcelles. Ce type d’aménagement est généralement placé dans les creux causés par le passage de l’eau.

Si les fascines sont opérationnelles dès leur installation, elles demandent toutefois un peu plus d’entretien que les haies pour assurer une efficacité optimale. Leur mise en place est longue et les fagots et les pieux doivent être entretenus régulièrement.

Source : http://www.aisnenouvelle.fr/

 

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Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

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