Trois ans après: le 15 juin 2010, le Var était dévasté par les inondations

L’incroyable conjonction de phénomènes météorologiques va plonger la Dracénie et la plaine de Fréjus dans le chaos et la mort. Le 15 juin 2010, en trois heures, certains rivières vont monté de près de sept mètres pour envahir les rues et les maisons. Cette catastrophe causera la mort de 25 personnes.
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Trois ans après, après de multiples rapports*, la préfecture a révisé et/ou prescrit 14 plans de prévision des risques inondations (PPRI) sur la base d’une modélisation. Actuellement soumis à concertation, ils devraient être adoptés à la fin de l’année. Côté prévention, 35 des 74 communes dracénoises se sont dotées d’un document recensant les risques et 40 ont mis en place un plan communal de sauvegarde. C’est deux fois plus qu’en juin 2010. Enfin, depuis décembre dernier, le conseil général du Var pilote un programme d’action et de prévention des inondations (PAPI) pour réduire à l’avenir les conséquences des crues sur l’ensemble de l’Argens et de ses affluents, au travers de 39 actions (travaux, sensibilisation…).

Trois ans après : l’analyse du CNRS, Département de Géographie, Université de Nice-Sophia-Antipolis.

Pour l’universitaire, l’épisode du 15 juin 2010 est exceptionnel par l’abondance des précipitations et par leur concentration dans le temps. Ainsi, les méthodes statistiques utilisées (lois de GUMBEL, de WEIBULL…) donnent des valeurs centennales plus faibles que les approches adoptées pour les PPR. Pour les chercheurs, la réalisation d’un tel épisode pouvait évidemment être prédite. Et l’on peut même imaginer bien pire : des précipitations plus abondantes, plus intenses, plus concentrées dans le temps, tombant à la fin d’une période pluvieuse, comme c’est le cas cette année 2013.

Les pessimistes trouveront donc des raisons de se faire encore beaucoup de souci. Les optimistes penseront qu’il ne se reproduira rien de sérieux avant longtemps. Les réalistes considèreront qu’il faut tirer les enseignements de cet épisode. Aussi, deux points particuliers méritent d’être améliorés : la prévision hydro-météorologique et l’alerte des populations.

Les travaux de l’UMR 6012 « ESPACE » du CNRS C._Martin_-_EGP_2010_-_Inondations_Var

Trois ans après : le reportage de Var matin

Une après-midi surréaliste. Une nuit dantesque. Un petit matin d’apocalypse. Vingt-cinq morts, une population traumatisée, des bassins de vie réduits à néant. Ce mardi 15 juin, l’attention se focalise sur l’aire toulonnaise où, conformément à l’alerte météo, des inondations monopolisent les secours. Rien d’affolant. La masse orageuse poursuit sa route et touche cette fois les secteurs du Luc, Le Cannet puis Lorgues. Une centaine d’interventions sont comptabilisées. Rien d’insurmontable néanmoins.

Vague meurtrière

Vers 13 h 30, les pluies diluviennes s’intensifient sur Draguignan et alentours. Le phénomène, très localisé, prend rapidement une dimension exceptionnelle. Quelques routes et quartiers commencent à subir la fureur des eaux. Rien, cependant, qui ne bouleverse la vie locale.

Pourtant, sur les rives de l’Aille, le visage de l’horreur commence à se dessiner. Impuissants, un couple d’éleveurs voit leurs 1200 bêtes emportées par une vague de plus d’un mètre. Un peu plus loin, à Saint-Julien, les ouvriers d’un domaine viticole n’ont d’autre choix que de rester sur place. Devant eux, des flots de boue dévalent la route.

La situation se dégrade notablement après 15 heures, alors que les bassins versants saturés vomissent leurs trop-pleins d’eau, de boue et de pierres. L’inquiétude commence à poindre. Une demi-heure plus tard, l’impondérable météorologique vire au chaos mortel : alors que le ciel ébène continue à dégueuler de liquide, la rupture d’une énorme cavité karstique, en amont du hameau de Rebouillon, sur la Nartuby, va provoquer un raz-de-marée. Une vague de dix mètres de haut, d’une force irrésistible, qui va finir de broyer ce qui était déjà sous les eaux.

Panique générale

En ce mois de juin, vers 16 h 30, alors que le plafond opaque a plongé la Dracénie dans une nuit artificielle, des drames humains sont déjà noués, d’autres se jouent minute par minute. Des centaines de personnes n’ont pas le temps de se mettre à l’abri. S’accrochent aux buissons des ronds-points. Se réfugient dans les arbres, sur les toits. Le PC opérationnel du centre de secours dracénois est submergé en quelques minutes. Le SDIS a les pieds dans l’eau. Une cellule d’urgence se reconstitue dans l’hypermarché du Salamandrier.

Le salut des airs

Son sang-froid sera exceptionnel. Tout comme la réactivité du préfet qui va briser tous les codes administratifs et réquisitionner ce que la région compte d’hélicoptères. Toute la nuit durant, dans des conditions encore dantesques, les pilotes vont hélitreuiller quelque 1300 personnes. Et sauver, au bas mot, plus de 300 âmes.

Quelques heures plus tard, le phénomène se répercute dans la plaine de Fréjus où s’ajoute le débit monstrueux du fleuve Argens. Comble de fatalité, la tempête en mer empêche l’écoulement des eaux. Le désastre poursuit son œuvre.

Des plans pour l’avenir

Un cataclysme naturel que l’entreprise humaine, par ses aménagements inconsidérés, a forcément amplifié. Alors, État et collectivités locales et territoriales ont souhaité prendre les choses en main. Via des Plans de prévention des risques d’inondation et le fameux Papi, destiné à fédérer les travaux sur les bassins versants de la Nartuby et de l’Argens. Il faudra du temps et de l’argent pour assurer un semblant de sécurité aux citoyens. Et aux politiques une grosse dose de courage pour résister aux appétits des cupides bâtisseurs…

Trois ans après: pour ne pas oublier, les chiffres

Le bilan des 15 et 16 juin 2010 dans l’Est-Var :
– 25 personnes décédées ;
– 300 personnes sauvées d’une mort certaine (estimation) ;
– 2450 sauvetages (1100par le sol, 1350 par hélicoptère) ;
– 32000 sinistrés déclarés (9791 sinistres automobiles) ;
– 700 millions d’euros de dégâts estimés (sans compter les biens non assurables et non assurés;
– 2979 salariés impactés en chômage ou chômage partiel sur 359 entreprises.

Trois ans après : le choc des photos: les Images du 15 juin 2010

Trois ans après : relire pour ne pas oublier

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Publié par

Patrice-Louis Laya

Avec plus de 35 ans d'expérience dont 10 ans dans le Groupe BASF, 20 ans dans la sphère IBM (Business Partner, Agent, Architecte solution sécurité), et la création en 2005 d'un Pôle dédié à l'infomédiation sur les problématiques du risque majeur et l'architecture des TIC appliquées aux risques majeurs, Patrice-Louis LAYA a été appelé par le HCFDC pour créer et animer ce blog sur la Résilience et la Sauvegarde des territoires au travers de sa structure dédiée au community management et à la communication digitale e-relation Territoriale. Depuis janvier 2012, Patrice LAYA est auditeur de la Session Nationale Résilience et Sécurité Sociétales. Il a par ailleurs, une formation initiale en agronomie, complétée par une maîtrise d'informatique appliquée à la gestion et un DESS en ingénierie de l'innovation. Dialoguer sur Twitter : @iTerritorial - sur Facebook : http://www.facebook.com/Plan.Communal.Sauvegarde Par mail : espace.territorial@online.fr

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